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Premier Grand Cru Classé

Un avenir – Véronique Bizot

Paul reçoit une lettre de son frère Odd. (la fratrie est tentaculaire : six enfants et de nombreux beaux-enfants et ainsi de suite). La lettre est sibylline. Odd part on ne sait où. Ce départ est inquiétant; leurs père a disparu de la même manière pour la Malaisie, laissant ses enfants dans le désarroi, après que leur mère norvégienne fut morte. La lettre d’Odd contient aussi un P.S. étrange. Il demande à Paul d’aller dans sa maison, à 300 kms, vérifier qu’un robinet à l’étage est bien purgé. Si ce n’était le cas, le gel pourrait faire éclater le truc et inonder la baraque. Paul se rend dans le bled en question. Le robinet est bien purgé.. Mais la neige tombe dru, et il se résigne à rester dans l’étrange demeure. Les souvenirs refluent…

Un avenir V Bizot

Comme d’habitude lorsque je rédige un articulet, je tente de faire un résumé de mon cru. Ici, je suis confronté à une difficulté majeure. Si je devais résumer ce petit bouquin de 100 pages à peine, mon résumé ferait 100 pages. Mission impossible, donc, quoique ce ne soit pas la place qui manque dans un blog, mais compte tenu que le séjour moyen d’un internaute est de une minute 54, il faut rester succinct… J’en dirai tout de même trois mots conducteurs.

Paul reçoit une lettre de son frère Odd. (la fratrie est tentaculaire : six enfants et de nombreux beaux-enfants et ainsi de suite). La lettre est sibylline. Odd part on ne sait où. Ce départ est inquiétant; leurs père a disparu de la même manière pour la Malaisie, laissant ses enfants dans le désarroi, après que leur mère norvégienne fut morte. La lettre d’Odd contient aussi un P.S. étrange. Il demande à Paul d’aller dans sa maison, à 300 kms, vérifier qu’un robinet à l’étage est bien purgé. Si ce n’était le cas, le gel pourrait faire éclater le truc et inonder la baraque. Paul se rend dans le bled en question. Le robinet est bien purgé.. Mais la neige tombe dru, et il se résigne à rester dans l’étrange demeure. Les souvenirs refluent…

Un avenir V BizotAlors bon. Je ne vais pas passer mon temps à emmerdifier l’internaute, d’autant que 37 secondes sont déjà passées. Je dirai juste que c’est un bouquin foutrement mal écrit, chiant à souhait. Ce type qui se retrouve seul dans une bicoque sordide, et qui parle sur un ton monocorde de ses vieux souvenirs. Ça sent l’emmerdement depuis le début. Qu’est-ce qu’il est cafardeux ce bonhomme, et il bavasse sur sa famille sans fin, ces frères et sœurs tous plus bizarres les uns que les autres, quelle famille de tarés. L’auteur ne fait vraiment rien pour rendre notre lecture agréable. Pas un saut de ligne, peu de chapitres, de mise en page, pas le moindre dialogue, une voix narrative unique et lassante, endormante, et ça cause ça cause, de trucs sans intérêts, cette famille est loufoque à l’extrême. Tout ça dans une écriture clinique, glaciale, chargée, avec des propositions qui s’enchainent les unes aux autres par des ‘donc’, des ‘que’, des ‘qui’ et des ‘parce que’ à en vomir. Ça cause et saute du coq à l’âne en passant par le mouton. La rentrée littéraire bien chargée se serait passée de ce bouquin imbuvable, même si c’est un ivrogne qui le dit.

Voici un auteur, une auteure pardon, qui fait fi des usages, enfile des lignes à la suite sans ménager son lecteur. Des phrases de cinq lignes, dix lignes, trois pages. Et pourtant, en insistant un peu, il y a une certaine magie qui opère.

Au fil des lignes, je me suis laissé prendre au jeu. J’ai commencé à éprouver un vif plaisir dans la parenthèse sur ce type qui construit un téléphérique, un étrange personnage qui a d’ailleurs le vertige et ne quitte pas sa maison en bas de la falaise. Son édifice s’écroule le premier jour, il y a des morts. Une sorte de jouissance m’est venue, doucement, je ne ne sais comment. Parfois en amour c’est comme ça, t’as un partenaire, tu lui fais tout ce qu’il faut, et rien, pas le moindre murmure, et d’autres fois, une simple caresse et voilà l’amant(e) au septième ciel sans passer par le sixième. Mystère donc. On (enfin je) me suis laissé prendre au jeu, sans savoir comment. Si l’écriture est clinique, froide en apparence, elle est nimbée d’une saveur particulière, due à une sorte de deuxième ou trente-sixième degré intangible. Et voilà que finalement, j’ai connu une sorte d’orgasme littéraire, car l’histoire est à la fois dure et sans espoir, et aussi contée avec une légèreté qui fait qu’on (je) passe du rire aux larmes.

La magie de ce bouquin mal écrit, c’est de (nous) me faire entrer sans cri dans une ambiance à la fois tragique et comique, on ne sait pas, enfin c’est insolite, curieux, mais aussi extrêmement jouissif… pour peu qu’on entre dedans, ce qui ne sera pas forcément le cas de tout lecteur. J’ai adoré le parallélisme entre Paul, le pragmatique, et Odd, l’artiste raté, et les considérations sur l’art versus la science, et tout ce qu’il y a entre les lignes et entre les mots. Ce petit livre est finalement plus riche que prévu, d’où l’impossibilité de le résumer sans le trahir! Je ne sais pas pourquoi ça marche mais ça marche, chez moi du moins, et je l’espère chez d’autres aussi. Ce n’est pourtant qu’un gouffre sans fond a priori, pas amusant du tout!

« Quoi qu’il en soit, je n’aurais été d’aucun secours à Odd, qui, sans jamais rien concrétiser, s’était depuis longtemps engouffré dans son processus et, comme je l’ai toujours confusément ressenti, avec une sorte de délectation perverse. Le fait qu’Odd a d’abord abordé l’existence sous sa forme désespérante, là où je me suis contenté de la considérer comme une farce inhumaine, et si je tiens un fond de mélancolie et quelque chose comme une nostalgie – mais de quoi ? – Odd s’est tout entier consacré à son désespoir. »

Un avenir de Véronique Bizot. Éditions Actes sud

19 réponses sur « Un avenir – Véronique Bizot »

J’ai vu ton intervention sur un autre blog, disant que tu allais le lire.
J’ai pensé à ce moment-là que tu n’aimerais peut-être pas.. Le côté apparemment « brouillon »

Je me réjouis de lire ton avis au fait, Clara.
J’ai lu quelques notes enthousiastes et d’autres très négative; bien évidemment ce n’est pas un livre pour amateur de thriller et d’intrigues. Tout est dans l’ambiance, à laquelle on est sensible ou pas.

@Ameni : c’est un livre à découvrir pour qui n’a pas peur du noir et sais voir les nuances d’ombre
@Clara, oui j’avais lu ta réponse en ce sens sur Globelecteur… Je guète ton avis, pas encore en ligne ?

Hello Krol !

Paradoxe de la littérature…

Il faut prendre « mal écrit » avec un peu de recul…

Leiloona, je me souviens qu’un sexologue affirmait : si une femme se demande si elle a déjà eu un orgasme, c’est que certainement elle n’en a jamais eu.

J’ai essayé mais au bout de dix pages, après avoir comaté tant bien que mal devant ces longues phrases mal écrites et qui n’en finissaient pas, j’ai abdiqué. En lisant ton article, je me dis que je suis peut-être passée à côté de quelque chose. En même temps, j’avais l’impression de m’infliger un calvaire, et la lecture doit rester avant tout jouissive d’après moi donc tant pis… Très chouette billet en tout cas, fort intrigant !

à Leiloona, essaie, ça peut encore venir !
à Violaine : oui c’est tout à fait ça, moi aussi j’ai failli abdiqué, puis je me suis laissé emporter par un certain charme mystérieux. Quoi qu’il en soit, je suis tout à fait d’accord, lire doit rester un plaisir !

J’ai jeté un long coup d’oeil et lui les 30 premières pages.
Mal écrit ??? C’est un de meilleurs romans lu dernièrement. Une vraie voix, un ton comme on en voit rarement. Ca peut fatiguer mais je ne dirais pas que ce soit mal écrit. Bizot ne se perd jamais dans ses longues phrases, le sens en reste toujours assez limpide et l’humour qui s’en dégage est assez ravageur quand on aime la noirceur.
Encore un bon conseil comme celui-ci et je m’abonne…

Quand j’écrivais « mal écrit », il faut y voir le second ou troisième degré…
😉
Et puis, comment rester sobre après avoir bu quatre verres ?

Oui je réagissais plus aux commentaires qu’à la chronique.
Sinon L’Histoire de l’histoire de Hattemer-Higgins chez Flammarion.. quelqu’un l’a lu ?
J’ai commencé. Très intrigant.

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