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Un arbre, un jour – Karine Lambert

« Du haut de mes trente-deux mètres, je les regarde vivre sur la place du village. Depuis cent trois ans, je partage leurs nuits et leurs jours, j’effeuille leurs amours et parfois j’envie leurs cris de joie. »

Selon un arrêté municipal, le platane du petit village provençal sera abattu le 21 mars. L’arbre centenaire, témoin secret de tous les villageois, celui qui les vus naître et grandir, va s’abattre sous les scies et les haches des bûcherons. Les habitants sont envahis d’une grande tristesse. Cette année, au lieu de célébrer le printemps, comme à l’accoutumée, le 21 mars sera une date maudite.

Mais le vieillard n’a pas encore dit son dernier mot… Il raconte sa vie d’arbre exemplaire, de sage philosophe. Il parle du village au milieu duquel il trônait fièrement, de ses habitants qu’il abritait, rassurait.

Effondrés par la nouvelle, chacun s’épanche, relate l’une ou l’autre anecdote autour de l’arbre. Ainsi, l’on renoue avec le passé, s’échange des confidences, l’on en apprend plus sur la vie de certains, les sentiments, les histoires d’amour même. Et avec la détermination et le courage d’un petit garçon, quelques habitants vont mener un combat acharné pour sauver le centenaire en sursis.

L’auteure nous ravit de cette promenade provençale douce et légère et l’on se sent d’emblée motivés pour sauver le vieil arbre pleine de santé, et d’arrêter le couperet lancé par le funeste arrêté municipal.

un arbre un jourL’écriture, sans fioritures, glisse délicatement et l’on se surprend ça et là à contempler la beauté du paysage à s’émouvoir de l’atmosphère de ce village authentique en pleine Provence où l’on n’a qu’une seule hâte, celle de s’asseoir près du grand arbre et déguster un délicieux jus de fruits. Dans ce récit qui exhale la garrigue, tout est chargé d’authenticité et de sentiments. La vie s’écoule autour d’un arbre que l’on veut sauver à tout prix et les personnages de cette histoire sont tous attachants. Même l’employé de la mairie, au départ bien décidé à respecter les ordres donnés par le maire finit par fléchir et rejoindre les militants. Tous sont bien décidés à se serrer les coudes pour sauver leur plus précieux aïeul.

Un roman tout simplement beau, parce que tout simplement rempli de sensibilité et d’émotions…

Mon ressenti … Les arbres ont ce pouvoir incontestable d’écouter les confidences, d’apporter aux cœurs meurtris un peu de sérénité. Puisse chacun de nous avoir dans sa vie un arbre d’exception contre lequel appuyer ses épaules, ou s’allonger sous le dais rassurant de ses feuillages.

Un arbre, un jour… de Karine Lambert, éd. Calmann-Lévy

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Quelle n’est pas ma joie – Jens Christian Grondahl

« Voilà, ton mari est mort lui aussi, Anna. Ton mari, notre mari. J’aurais aimé qu’il repose à côté de toi. »

Quelque part dans la banlieue de Copenhague, Ellinor, la narratrice, a septante ans, lorsqu’elle perd son époux, Georg. Elle se décide à vendre rapidement leur maison cossue afin de retourner à Vesterbro, lieu de son enfance. Elle gamberge s’épanche et s’adresse à Anna, sa meilleure amie et la première épouse de Georg. Anna, par ailleurs décédée dans un accident avec Henning, le premier époux d’Ellinor et son amant. Certes, les deux époux avaient une liaison mais entre eux, il n’a jamais été question d’animosité ni d’acrimonie et la faculté de discernement et de compréhension avaient pris le dessus entre les deux survivants.

Quelle n’est pas ma joieEt pour remémorer une vie de couple bancale, bâtie dans la privation de l’autre, s’étourdir de la relation plutôt décontractée qu’elle entretient avec ses beaux-fils, se libérer d’anciens secrets enfouis, Ellinor se confesse à son ancienne amie, décédée depuis quarante ans.

À travers une plume élégante et délicate, l’auteur sonde les âmes dans ce qu’elles ont de vrai mais aussi d’ombragé, dans ce que les protagonistes connaissent de failles, d’écueils et de secrets scellés qui attendent le drame pour ressortir de l’alcôve d’un cœur meurtri, celui d’Ellinor en l’occurrence dans le présent récit. Comme à l’accoutumée, l’auteur, que j’ai apprécié à maintes reprises, scrute avec talent les relations humaines, quelles qu’elles soient : la famille, le couple, l’amitié.

Les messages qui émanent de ce roman succinct de toute beauté regorgent de bienveillance et d’harmonie. D’un bout à l’autre de l’histoire, Ellinor se dévoile, de ses désarrois, de la perte de son amie Anna âgée à l’époque de trente ans à peine, des non-dits quant à la liaison d’Anna et Henning, de son deuil puis enfin de sa solitude.

Un roman qui parle de lendemains de deuil, de lendemains de solitude mais l’auteur évite avec brio de tomber dans le pathos et la sensiblerie de pacotille en nous invitant à une méditation sur le sens de la vie lorsque les meurtrissures et les stigmates du passé laissent entrouverts de nouveaux horizons plus sereins.

Quelle n’est pas ma joie de Jens Christian Grondahl

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L’archipel du Chien – Philippe Claudel

Aujourd’hui l’air est suffocant, pas la moindre brise pour rafraîchir un peu l’atmosphère. C’est une île, une terre désolée, quelque part en Méditerranée, semble-t-il, la seule habitée de l’Archipel du Chien. Sous le dais de nuages de chaleur vit une communauté coutumière de l’isolement et de la nature très rude. Ce petit monde vit en autarcie et survit grâce aux produits de la mer. La mer, mamelle de tous les bienfaits, certes… Mais aussi celle qui sera source de malheurs.

Un matin, qui ressemblait à tous les autres, trois corps d’hommes noirs sont ramenés sur la côte par les vagues. La quiétude et l’équilibre de la communauté sont tout à coup bousculés. Des secrets enfouis se dévoilent tandis que les lâchetés de quelques habitants du hameau vont se révéler au grand jour.

L’archipel du ChienTrois jeunes hommes avaient fui un pays qui ne pouvait rien leur offrir pour échouer en fin de compte sur une plage peuplée d’ermites qui nourrissent le rêve de ne pas avoir d’histoires, de ne pas être mêlés surtout à cet événement sordide qui pourrait ternir leur petite vie cloisonnée et nuire à leurs projets de développement de leur île. Alors, plutôt que se ranger à la raison et donner à ces cadavres de dignes obsèques, ils se retranchent derrière un mur de veulerie et préfèrent oublier très vite ce sinistre événement et archiver celui-ci à jamais dans les tiroirs de leur mémoire.

Ainsi le curé, le maire, une institutrice à la retraite, le docteur, tous acquiescent pour étouffer désormais cette tragédie. Hormis l’instituteur. Et comme il n’abonde pas dans le sens de la mêlée, ceux qui s’arrogent le pouvoir de décider, il sera considéré très vite comme celui qui dérange et devra subir la loi de la communauté, lâche et veule. Et il va payer très cher sa décision de faire cavalier seul…

Certains romans de Philippe Claudel sont gravés dans ma mémoire à jamais. Je pense à La petite fille de Monsieur Linh, Les âmes grises, L’arbre du pays Toraja, mes préférés, qui m’avaient particulièrement enthousiasmée. D’autres m’avaient aussi profondément déçue… En revanche, ce dernier opus, revêtu d’une belle jaquette m’a d’emblée inspirée en librairie. Indéniablement, certaines thématiques traitées sont intéressantes et universelles.

L’auteur nous livre ici un récit suffocant qui met en exergue la vilénie des hommes, leur recherche continuelle d’un bouc-émissaire pour fuir la réalité et esquiver leur responsabilité. Certains passages comportent des descriptions si réelles qu’elles en deviennent presque palpables. Les scènes et les rituels auxquels se livre le village relèvent d’un scénario de film d’aventures, les remugles et les parfums sont perceptibles.

Une île, un arrêt sur image, où se jouxtent à l’envi des humains ordinaires, déguisés en monstres, une alcôve où séjournent des hommes encroûtés dans leur confort, la compassion à mille lieues d’eux…

L’archipel du Chien de Philippe Claudel, éd. Stock

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La délicatesse du homard – Laure Manel

Voici une histoire toute simple… En apparence. François, un homme qui semble bourru et solitaire, trouve sur une plage une jeune femme à moitié consciente, toute recroquevillée. Il décide de la sauver et l’emmène chez lui. Il est partagé entre deux tendances : aider la jeune femme mais préserver aussi sa solitude, son intimité, car cette inconnue représente pour lui un certain inconfort, sinon un danger. Mais voilà qu’elle met du temps à se rétablir, et commence alors un curieux huis clos entre ces deux personnages perdus, chacun à sa manière. Mais que cache cette Elsa ? Pourquoi est-elle si secrète ? D’où vient-elle et pourquoi s’entoure-t-elle de tant de mystère ? D’elle il ne sait rien, et ce n’est qu’au prix d’une patience infinie qu’il en découvrira plus, peu à peu. Et puis il va se passer plein de choses…

La délicatesse du homard

Roman porté par une écriture toute simple mais efficace, « la Délicatesse du homard » n’a l’air de rien, et pourtant on se laisse emporter par ces deux personnages discrets et pourtant pleins de sentiments. Les sentiments justement, voilà certainement ce qui nous porte nous lecteurs, et jusqu’au bout, car chaque ligne en contient. Tout ici est perception diffuse, émotions larvées mais savamment distillée de mot en mot. On ressent chaque vibration de ces deux personnes, qui s’expriment tour à tour, faisant écho l’une à l’autre. Le tout sans effet de style et sans démonstration, sans emphase ni péripéties inutiles.

Ce roman fut d’abord auto-publié, et il a trouvé son chemin dans des groupes de lecteurs, accumulant un nombre considérable de vues… et de fil en aiguille… Jusqu’à ce qu’un éditeur le remarque. C’est simple et touchant, vrai, beau, tout simplement ! Que dire de plus ?

La délicatesse du homard – Laure Manel

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Sous la même étoile – Dorit Rabinyan

Dans un café de New York en plein hiver particulièrement glacial, Liat s’est arrêtée un instant pour faire une pause hors du tumulte des grandes avenues, de l’affluence du trafic, pour se réchauffer et se détendre un peu. Elle croise le regard ténébreux et le sourire magnifique de Hilmi. Elle ne connaît pas cet homme mais en observant discrètement la beauté de son visage et ses contours, elle devine immédiatement qu’il n’est pas originaire du même pays qu’elle, pire même viendrait-il d’une contrée ennemie. Liat montre quelques signes d’inquiétude mais elle se lance dans une longue discussion avec lui et retrouve peu à peu une certaine sérénité. Plus encore, elle se sent gagnée par le charme que dégage son partenaire improbable. Mais elle tente de dissimuler son émoi car elle sait que cet homme est à mille lieues de ce qu’elle peut espérer, puisqu’elle est Israélienne et Hilmi est Palestinien. Elle cultive une nostalgie de Tel-Aviv tandis que Hilmi, peintre originaire de Ramallah, se désole à New York…

Sous la même étoileAinsi, le temps s’arrête depuis leur rencontre. Ils vont s’aimer malgré tout, malgré eux, même si le glas de la réalité a sonné à la porte de leurs vies respectives, même si leurs univers sont aux antipodes. Ils vont tenter à tout prix de gagner leur combat pour que l’amour subsiste par delà les frontières. Le temps d’un hiver, ils vont s’aimer.

Avec beaucoup de pudeur et de délicatesse, l’auteur touche à un point sensible et raconte une passion improbable entre un homme et une femme que tout sépare.

À mille lieues l’un de l’autre par leurs racines, leurs nationalités, leurs différences culturelles, ils se retrouvent dans ce huis clos où séjournent le désir interdit, l’amour impossible, les écorchures du passé.

Bien loin du conflit israëlo-palestien que l’auteur se garde d’évoquer, évitant en cela les stéréotypes et les lourdeurs, l’auteur met plutôt en exergue l’histoire d’amour qui liera ses deux héros hors du temps et situe leur rencontre dans un univers calfeutré propice à l’union et au partage. Et même s’il existe entre les amoureux une distance kilométrique, ils parviendront à faire fi de celle-ci pour s’aimer à tout prix.

Une belle ode à l’amour et une réflexion sur ce que les douleurs et les combats du passé vous poussent à l’isolement dans une venelle de fortune, pour que rayonne l’amour.

Là où l’amour s’immisce, qu’importent les frontières et les embûches qu’elles engendrent, il triomphera toujours.

Tout simplement magnifique…

Sous la même étoile par Dorit Rabinyan, éd. Les Escales

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Sur les chemins noirs – Sylvain Tesson

En août 2014, l’auteur est victime d’un très grave accident. Depuis cet instant tragique qui l’a presque fait passer de vie à trépas, il se bat à présent pour retrouver une paix intérieure. Ainsi, en 2015, pour se reconstruire doucement, il part à pied et traverse la France d’un bout à l’autre pendant plusieurs mois. Sur des chemins de traverse, exempts de tumulte et loin des grandes villes tonitruantes et au fil de cet exil de sérénité, il découvre de petits lieux magiques, des territoires sauvages préservés de la technologie et de la civilisation hyper-connectée, des escales de quiétude et de pureté.

L’âme et le corps en plein chaos, l’auteur se met en quête de se ressourcer, de remettre de l’ordre dans sa vie, deux fois chamboulée, l’une par la mort de sa mère et l’autre par le terrible accident qui le cloue à l’hôpital dans un état moribond. L’auteur nous livre ici son journal d’une résurrection. Et cette renaissance, il la doit à ce merveilleux voyage dont il rêvait depuis longtemps et qu’il effectue enfin. Ce long périple à pied, seul, en communion avec la nature, les paysages tantôt désolés, tantôt escarpés et sinueux.

sur les chemins noirsDans cette longue thébaïde solitaire, il croisera parfois l’un ou l’autre copain, sa sœur aussi, tous venus s’immiscer délicatement dans ces chemins noirs comme il les décrit, ces allées jonchées de ronces et de buissons touffus.
Et voici comment le voyage éclos d’une longue réflexion alors qu’il était alité et très diminué par une lourde chute devient réalité, magie, une récompense inespérée dans sa vie d’homme meurtri dans son âme et son corps.

Loin d’un monde frelaté et hyper-connecté, l’auteur poursuit sa convalescence dans les chemins désertés d’une France inconnue, entre feuillages et rivières en camaïeux de vert et de bleu.

L’écriture est sensible et délicate, le style imprégné d’enchantement, un peu comme dans un conte de fées.
Une voyage qui guérit, une fenêtre entr’ouverte. Et puis le ciel, encore plus bleu…

Et une lecture qui fait du bien à l’intérieur.

Sur les chemins noirs de Sylvain Tesson, éd. Gallimard

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Apaise le temps – Michel Quint

Abdel, un jeune professeur de lettres à Roubaix, se retrouve l’heureux héritier d’une librairie coincée dans une ruelle du centre-ville. Yvonne, la propriétaire de ce lieu, vient de décéder. Elle a légué à Abdel, non seulement une bâtisse désuète mais surtout les murs entiers de livres. Et dans ce joyeux fatras de papier, Abdel se souvient… De son avidité à lire les grands auteurs, même s’il ne les a pas toujours compris, des longues heures à fouiner pour découvrir des trésors de littérature. L’heureux héritier donc ? Pas si sûr… Lorsque, dans ses fouilles, Abdel trouve des photos compromettantes de son aînée, des archives de la guerre d’Algérie. Le passé ressuscite et remue en lui moult questions. Dans sa quête de vérité, il se fait aider par Saïd, un ancien employé de la librairie, la naïve Zita et la très spontanée et sulfureuse Rosa, sa collègue de lycée.

Apaise le tempsTour à tour, les interrogations fusent et ne trouvent pas de réponse… Quel a été le rôle du vieil employé Saïd, que cachent les comportements mystérieux de Rosa ? Et dans la tête d’Abdel, le chaos s’installe. Admettre la succession relèvera pense-t-il d’une décision difficile. Les dettes d’argent d’une librairie en déficit et celles de cœur se côtoient, laissant à Abdel un sentiment doux-amer. Car, entre Zita et Rosa, son cœur balance…

À travers un récit succinct, l’auteur nous plonge dans les tréfonds de l’âme humaine en plein délabrement sous le joug d’une ville au parfum désuet et économiquement détériorée. Dans le paysage désolé de Roubaix, il y avait Yvonne et sa librairie, un antre de papier jauni, mais aussi sorte d’écrin d’espoir au milieu de nulle part. Mais Yvonne n’est plus et le sort des livres entassés se trouve à présent entre les mains du jeune héritier.

Le personnage d’Abdel est très attachant et l’on ressent combien il est désireux de redonner à la librairie nouveau souffle, un nouvel essor. Il n’y a guère de clichés ni de jérémiades stériles ni de larmoiements dans cette histoire où se jouxtent blessures d’antan et lendemains teintés de gris clair. Rien de cela car l’auteur distille subtilement entre les lignes un parfum d’espoir et de renouveau.

Un récit court mais rempli d’émotion et de sentiments. Aussi, un portrait acéré de ce bout de terre du Nord de la France, magistralement décrit.

Apaise le temps de Michel Quint, éd. Phebus

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Au tour de l’amour – Francis Dannemark et Véronique Biefnot

Férue de poésie depuis ma jeunesse, j’ai toujours ce besoin de m’offrir une pause lyrique entre mes lectures de romans, nouvelles, essais. J’ai été ravie de trouver ce délicat recueil de poésies chargées d’émotion et de sensibilité. Un écrin de mots où les deux auteurs réunis nous parlent d’amour à travers des textes succincts couchés sur le papier comme des caresses, des mots que l’on a envie de lire et d’écouter, déclamés par l’être aimé, alanguis dans un champ de blé ou d’herbe verte.

L’amour qui règne sur nos vies et dans nos cœurs comme une sorte de divinité suprême, nous laissant tantôt animés de fougue et de bonheur extrême, tantôt meurtris et exsangues.Au tour de l'amour L’amour dessiné ici comme un échange confidentiel entre les auteurs et le lecteur, guidant celui-ci dans une promenade qui mène au bonheur et lui dévoilant les secrets pour y parvenir. Et qu’importent les repères pour approcher l’amour et le garder intact si ce n’est d’y croire. L’opus est orné de magnifiques illustrations, celles de Véronique Biefnot, ce qui donne au recueil encore plus d’éblouissement.

Et on emporte partout avec soi ce délicieux recueil de poésies et d’échanges sur le thème des sentiments qui nous plonge dans notre intimité d’humain en quête de cet Amour grandiose, infini, chaotique parfois, mais toujours espéré. L’écriture est belle, touche intensément et les mots sont empreints de délicatesse et de simplicité, deviennent de véritables repères dans notre route de l’amour.

N’est-ce pas ainsi que chacun de nous vacille comme un funambule sur le fil de la vie, chancèle quand le cœur s’émeut et palpite, s’ébroue dans les eaux parfois limpides parfois fougueuses des rivières tourmentées… Pour l’Amour, toujours pour l’Amour… Et l’auteur invite le lecteur à participer à une sorte de jeu de piste sur son propre chemin, sa quête personnelle de l’amour. Un livre original captivant que l’on garde cloisonné dans la mémoire et le cœur.

Au tour de l’amour de Francis Dannemark et Véronique Biefnot

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Le Palais des Ombres – Maxence Fermine

Paris, quelque part dans les années 1960. Nathan Thanner, un marionnettiste d’une trentaine d’années, réservé et délicat, vit confiné dans sa boutique où il confectionne avec passion ses poupées.
Un jour, il reçoit une lettre de son père, un ex-écrivain à succès, devenu fou, à qui il ne parle plus depuis dix ans. Cette missive lui annonce, outre le décès de son père, l’héritage que celui-ci lui laisse, la mystérieuse bâtisse où il vivait cloîtré, le Palais des Ombres.
Inquiété par cette étrange correspondance, et apprenant que tous les occupants de cette maison énigmatique sont morts les uns après les autres de façon étrange, Nathan se livre à une enquête et va se heurter à des révélations qui entraîneront toujours plus d’investigations, pour mener à la vérité…
Le palais des ombres

Un roman magnifique qui réunit une série d’ingrédients, tous plus subtils les uns que les autres. Ainsi, l’auteur évoque de nombreuses thématiques, la solitude, les mystères de la famille, le tout sur fond de suspense suggestif subtilement glissé entre les lignes de façon magistrale. Point de scènes baignées d’hémoglobine ni de terreur livrée lourdement, de but en blanc, non, ici séjourne une frayeur larvée mais plus efficace encore.

L’auteur balaye avec une plume redoutablement énergique, mais sans jamais toutefois, tomber dans l’horreur à deux balles ou le thriller saumâtre, évite les atmosphères pesantes et les longueurs stériles, pour nous mener vers une fin inattendue mais toujours aussi raffinée.
Un récit magnifiquement ficelé, envoûtant, une danse d’émotions et de mystère conduite par un maestro de l’écriture.

Se hâter vers le dénouement mais sans jamais lâcher des yeux le moindre balbutiement de mystère, les soupçons de romantisme qui s’immiscent entre les lignes…
Percutant. Riche. Un ravissement…

Le Palais des Ombres de Maxence Fermine, éd. Michel Lafon

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Le collier rouge – Jean-Christophe Rufin

En 1919, dans un village du Berry, sous une chaleur étouffante, les cris déchirants d’un chien perturbent les habitants. Le pauvre animal attend son maître, le caporal Morlac, détenu dans l’ancienne caserne. Ce héros de la Grande Guerre, ancien paysan, cultivé et féru de littérature, a été emprisonné pour avoir accroché sur son chien la Légion d’honneur qu’on lui avait décernée, convaincu que son fidèle compagnon était plus digne que lui de recevoir une telle décoration.

L’exécution de cet acte très grave risque de mener le caporal Morlac à la peine capitale. Alors que Hugues Lantier du Grez, un aristocrate, également ancien combattant et amateur de littérature, est désigné en sa qualité de juge militaire pour sanctionner le caporal, les deux hommes se rencontrent et échangent un dialogue poignant. Le juge fait preuve de mansuétude et tente de comprendre pourquoi le caporal a commis cette faute insensée.

Le collier rougeAinsi va se nouer entre les deux hommes une sorte de conversation à huis-clos. Et le juge chargé de condamner deviendra bientôt un confident. Cependant, dans cet interrogatoire, chacun gardera sa place, l’un chargé de remettre au pas son interlocuteur et l’autre l’écoutant sans broncher mais déterminé à ne pas céder à la pression.

À travers une écriture majestueuse, l’auteur nous plonge dans l’univers ténébreux de la Grande Guerre et nous parle de l’extrême cruauté de la vie dans les tranchées. Ainsi, il livre un récit où se mêlent tantôt la barbarie à son paroxysme tantôt la collusion, l’amitié parfois…

Aussi une histoire d’amour grandiose entre un homme et une femme érudite qui dévore les écrits des grands auteurs et celle de l’homme et d’un chien, fidèle compagnon, patient jusqu’au bout.

Un roman de vérité, une belle leçon de vie quand l’homme devenu meurtrier pour survivre, trouve enfin refuge dans la fraternité et la camaraderie.

Un court récit où se côtoient l’amour et la mort, la violence et la délicatesse, à travers une plume si précise qu’elle semble parfois effleurer la perfection. L’écriture et le style sont un vrai ravissement et l’auteur évite le piège des clichés et des longueurs vaines et stériles.

Le collier rouge de Jean-Christophe Rufin