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Grand vin

Comment j’ai appris à lire – Agnès Desarthe

Pour celle qui abhorrait les livres autant que l’huile de foie de morue, Agnès a soudain une lueur, un éclat… Un jour, elle découvre la littérature russe et c’est le coup de cœur. Puis elle ne cessera plus de lire jusqu’à devenir vorace et jamais rassasiée.

Au fil de ce parcours, elle deviendra écrivain et traductrice.

Elle fait ici le compte à rebours d’une vie de lectrice d’abord difficile à persuader, puis nous livre bout à bout ses souvenirs, nous invite à la suivre dans l’analyse de ce passé basculé entre tourments et passion. Et elle nous convainc à travers un récit magistral foisonnant d’exemples, que la littérature est un joyau essentiel qui mérite de trouver sa place dans chaque vie.

Comment j'ai appris à lireLe récit déborde de sincérité et d’humilité. La pensée de l’auteur est toujours restée intacte, pas frelatée, loin des clichés et du schéma que l’éducation et la scolarité exhortent à suivre. Non, l’envie de lire n’est pas toujours spontanée, peu importe d’où l’on est issu, peu importe le parcours scolaire suivi. Ce peut être une longue traversée du désert jalonnée d’incertitudes, suivie tout à coup d’un besoin de s’écarter du chemin, de faire un détour, nécessaire et essentiel. Un jour, un livre vous met le cœur en ébullition et vous ne pouvez plus décrocher, c’est là que naît la passion des mots, l’engouement de s’abreuver de littérature à l’envi.

Un roman captivant d’un bout à l’autre dont on s’imprègne avec délectation. Et avec ce récit, l’auteur nous donne l’envie démesurée de lire et lire encore, de se laisser envoûter par les mots. Tel un gastronome qui découvre de nouvelles saveurs culinaires, nous voici impatients de découvrir l’enchantement et le pouvoir des mots, la magie de l’écriture et le parfum délicat que laissent les souvenirs de récits inoubliables.

Une belle surprise pour ce récit paru en juin et laissé sur ma table pendant une longue thébaïde d’été…

Ainsi je reviens dans ce bel univers que Noann m’a laissé le temps pour lui de poursuivre un chemin d’écriture que je lui souhaite fécond et couronné de reconnaissance et de succès.

Comment j’ai appris à lire, d’Agnès Desarthe, éditions Stock

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Cru bourgeois

Le remplaçant – Agnès Desarthe

On l’appelle Bousia, Boris, Baruch… ou triple B. Juif d’origine russe émigré en France, il est le faux grand-père, le remplaçant, celui qui a pris la place du grand-père biologique, déporté, assassiné. Il est moins intelligent que l’original, moins beau, moins tout, et pourtant… Pourtant triple B est touchant dans sa simplicité et son naturel. C’est un conteur, celui qui raconte de petites histoires aux réunions de famille – une tradition juive. Mais personne ne l’écoute, ni les adultes, ni les enfants, pas même sa petite fille qui lui dédie pourtant un livre des décennies plus tard.

le remplacantUn livre que le talent glisse au-dessus de la moyenne. C’aurait pu être le récit quelconque d’un papy quelconque, gâteux, sentencieux. De mon temps ceci, de mon temps cela… Et c’est tout le contraire. Un mélange d’amour et d’humour, constellé de petites anecdotes qui ne tombent jamais dans le cliché. Il est beaucoup question de tout à petites doses, du communisme, des traditions, de la Shoah – ce mur qui défie la raison. Tout ceci vu sous l’angle des relations particulières entre une petite-fille et son grand-père, et raconté avec une plume sobre.

Un tout petit livre à dévorer le temps d’une pause ou d’un rendez-vous chez le dentiste…

Au moment où j’écris ces mots, triple B a quatre-vingt-seize ans. Il est alité, dans son appartement au huitième étage d’une tour du treizième arrondissement à Paris.  La plupart du temps, il dort. Quand il se réveille, il parle. Ce qu’il dit n’est pas toujours cohérent. La dernière fois que je l’ai vu, il m’a raconté les phantasmes sexuels de deux femmes de sa connaissance, avec beaucoup de délicatesse et d’humour. En sortant de chez lui, je me suis dit que c’était peut-être la dernière fois qu’il me parlait et je me suis réjouie à l’idée que, jusqu’au bout, il ait gardé la force et la fantaisie nécessaire à raconter, plutôt que de se borner à échanger des nouvelles.

Le remplaçant – Agnès Desarthe. Éditions de l’Olivier/ Points

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Premier Grand Cru Classé

Dans la nuit brune – Agnès Desarthe

Marina perd son petit ami dans un accident. Plus que troublé, son père Jérôme mène l’enquête, qui débouchera à l’orée d’une autre nuit brune, celle du temps où, enfant sauvage il sera finalement adopté.

Ce père bouleversé par la mort tragique du fiancé de sa fille doit à présent à la fois trouver la force pour la consoler et se replonger dans ce qu’était sa vie à lui, jadis, lorsqu’il fut trouvé par un couple âgé dans la forêt et recueilli ensuite.

Dans la nuit bruneL’auteur trouve le ton juste, sans apitoiement, mais une émotion frissonnante pour cette quête d’identité où la lumière a besoin de la nuit pour exister.

Une balade triste sur la recherche des origines que l’auteur nous livre avec intensité, à travers une écriture limpide et légère. Elle dresse le portrait d’un antihéros secoué par un passé lourd de secrets enfouis qu’il faudra remuer pour trouver des explications à cette disparition insurmontable. Son entourage lui sera-t-il d’un quelconque secours ?

Une fable sur les relations parents-enfants, mais aussi l’apologie de l’amour et de l’amitié lorsque le désarroi réunit ceux qui s’étaient aimés et déchirés ensuite …

Percutant …

Ce roman m’a touchée en plein cœur …

« Je vais mal a pensé Jérôme. Je vais comme un homme abandonné. Je vais comme un coureur de marathon qui se fait souffler la victoire à deux cents mètres de l’arrivée. »

Dans la nuit brune – Agnès Desarthe, Editions de l’Olivier.