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Premier Grand Cru Classé

Impurs – David Vann

Dans la maison familiale, Galen, 22 ans, vit seul avec sa mère. Envoûté par sa cousine aguicheuse et perverse, le jeune garçon se claquemure dans ses pensées et se désole de vivre aux côtés d’une mère castratrice, étouffante et d’assister aux trop fréquentes disputes entre elle et sa sœur. C’est l’été 1985 quelque part dans la Vallée Centrale de Californie…

Dès le moment où l’on franchit la porte d’entrée de cette maison familiale qui sue le désarroi et les rancœurs, on se demande bien légitimement pourquoi Galen vit là cloîtré sans rechercher à s’épanouir au dehors, à faire des études, à fuir la geôle familiale et la mère écrasante qui le cloisonne dans son giron.

Et la vie va, de plus en plus stérile, laissant le jeune homme méditatif en quête d’une paix intérieure, d’une communion avec la nature, seul refuge encore accessible. Le quotidien s’écoule entre évasion spirituelle, pensées érotiques et visites d’une tante détestable aux propos venimeux et malveillants nourrissant des querelles continuelles avec sa mère.

impursD’incessantes tensions croissent entre Galen et sa mère et il devient urgent de mettre à plat les conflits intérieurs et les secrets enfouis jadis… Ainsi ils s’épanchent, ouvrent leur cœur, divulguent des griefs larvés et la tension s’amplifie de jour en jour jusqu’à devenir suffocante. Jusqu’au point de non-retour. L’enfer, le pire…

L’on est d’emblée transporté par le climat angoissant qui règne à l’intérieur de cette bâtisse qui devient peu à peu le théâtre de la folie et de la détresse.

Une descente en pente douce jusqu’aux abîmes somptueusement relatée par l’auteur. Entre la canicule californienne qui fait suffoquer les héros de ce récit et l’atmosphère brûlante qui règne au sein de la demeure, transformant petit à petit celle-ci en véritable étuve, le lecteur s’émerveille, s’embrase et se hâte vers le mot de la fin où le duo mère-fils sera irascible et sanguinaire…

D’aucuns diront sans doute que l’on retrouve à nouveau une sempiternelle saga familiale baignée de noirceur mais ici l’auteur donne une telle puissance à son roman que, personnellement, j’ai été suspendue au récit du début à la fin sans le moindre sentiment de déjà vu mille fois. Pour une fois, je n’ai guère de points négatifs à ajouter…

Tout simplement superbe…

Impurs de David Vann, éditions Gallmeister

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Cru bourgeois

Désolations – David Vann

C’est sur les deux rives d’un lac glaciaire que vivent Irene et Gary. Trente années de vie aussi triste à mourir et deux enfants qui se construisent un avenir plus rieur. Mais pourquoi Gary veut-il construire une petite île désolée ? Pourquoi s’acharne-il à ce projet insensé, démesuré, dantesque ? Rêve ? Refuge ? Irène tente de comprendre le rêve de son mari mais des tensions s’installent dans le couple …

DésolationsOn ressort de ce récit émus par la présence de la nature de l’Alaska, sauvage, immaculée, que l’auteur décrit avec beaucoup d’émotions et l’intensité des sentiments.
Une écriture magistrale, forte, comme un coup de poignard dans le cœur du lecteur.

L’auteur nous plonge dans les vies qui se déchirent doucement, les ruptures larvées qui s’entretiennent, les tentatives de rebâtir des ruines à tout prix, même tout est vain, stérile.
Et l’auteur d’ajouter à ces désolations celles du lecteur qui assiste à la destruction lente et insidieuse d’un couple qui cherche tant bien que mal un refuge, une issue, un espoir, mais s’enfonce dans les abîmes dont on ne revient pas.

Un magnifique roman, certes.
Un seul bémol tout de même … Malgré le talent incontestable de l’auteur à nous entraîner dans un huis-clos pesant, j’ai ressenti l’envie de sortir vite de cet étouffoir créé par Gary et Irene.

Désolations de David Vann, Éditions Gallmeister

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Cru bourgeois

Sukkwan Island – David Vann

Un roman épique à deux personnages. Jim, un dentiste quadragénaire un peu paumé, décide de passer une année complète en compagnie de son fils encore adolescent, Roy, dans une île perdue au sud de l’Alaska. Cette île est déserte, accessible uniquement par hydravion. Le premier voisin habite à trente kilomètres. Voilà une histoire qui menace d’être terriblement ennuyeuse, dans une petite bicoque plantée en des lieux stériles. Et pourtant…

Jim est un drôle de type. Il ressasse de vieilles histoires d’amour, et ses relations avec des prostituées. Il rabâche son mariage raté avec la mère de Roy. Chaque nuit, il pleure à chaudes larmes. couverture de sukkwand islandSon fils se réveille, embarrassé, il ne sait comment se comporter avec ce père dépressif et sans consistance. Les problèmes arrivent vite, sur ce bout du bout du monde. Jim n’a presque rien prévu. La nourriture qu’il a emmenée est dévastée par un ours. Il fait une chute et échappe de peu à la mort. Le gamin panique. Heureusement, son père se rétablira. Mais c’est un père décidément peu débrouillard, qui prend les mauvaises décisions. Évidemment, un drame arrive, et quoi de plus fort qu’un décès ? Deux décès. La mort vient à point nommé, comme dans nombre de romans. L’auteur enchaine les événements et les incidents se suivent…

David Vann est né en Alaska, et c’est donc en parfait connaisseur qu’il nous parle de ce territoire inhospitalier. Son roman est donc particulièrement convaincant et très réaliste. Le lecteur suit médusé les aventures de ce tandem père-fils qui est obligé de se supporter, dans un huis clos oppressant. Les péripéties ne manquent pas, elles se suivent d’un bout à l’autre, dans une ambiance où le tragique succède au tragique. Il manque cependant quelque chose pour emporter mon plein enthousiasme. Peut-être eût-il fallu une intrigue plus élaborée, ou une écriture plus poétique. Il reste une suite d’anecdotes tout de même fort captivantes, où l’on ne s’ennuie pas.

Sukkwan Island de David Vann.Editions Gallmeister