Catégories
Grand vin

Des hommes sans femmes – Haruki Murakami

Nous voici au Pays du Soleil Levant, sans avoir quitté notre terre… À travers sept courts récits, l’auteur nous emmène au Japon pour y rencontrer des femmes, exclusivement, mais nous parle surtout de ce que celles-ci ont abandonné intentionnellement ou non de leur présent ou de leur passé. Si les personnages principaux sont féminins, l’auteur s’intéresse au parcours chaotique des hommes qui n’ont d’autre choix que combattre la solitude et l’abandon que leurs compagnes respectives leur ont laissé et de lutter quotidiennement afin que leur désarroi et leur déveine ne soient plus que de mauvais souvenirs.

Ainsi, ils poursuivent leur quête d’un compagnon à qui se confier en toute intimité, digne de les aider à se reconstruire.

Des hommes sans femmesL’auteur nous livre de courts récits intimes dans un style épuré et tout en délicatesse. L’écriture est éthérée, très élégante et ne laisse jamais transparaître quelque pas de côté ni tumultes, ce que l’auteur ne souhaiterait d’aucune sorte. Comme une infusion de thé vert, le récit se délecte par petites gorgées et diffuse dans la mémoire le souvenir exquis de cette infusion apaisante et lénitive.

Comme à l’accoutumée dans la littérature japonaise, il ne se passe fondamentalement pas grand-chose, mais il n’en demeure pas moins qu’ici encore plane cette atmosphère délicieuse qui baigne la culture nippone, toujours si raffinée et enchanteresse. Une quiétude comme il n’en n’existe nulle part ailleurs…

Un recueil de nouvelles bouleversant, où jouxtent harmonieusement l’amour, la tristesse larvée et la peur du vide qu’engendre l’absence de l’autre. Mais derrière ces larmes intérieures n’y-a-t-il pas un désir effréné d’en sortir à tout prix et d’oublier ces femmes ambiguës, un peu fantasques ou imaginaires ?

Émotions, douleurs larvées, fantastique séjournent en harmonie dans ce huis-clos doux-amer…

Des hommes sans femmes de Haruki Murakami, éd. Belfond

Catégories
Grand vin

L’incolore Tsukuru et ses années de pèlerinage – Haruki Murakami

Tsukuru Tazaki est étudiant en deuxième année à l’université. Depuis le mois de juillet il est hanté par la mort… À Nagoya, il avait quatre amis. Chacun était représenté par une couleur. Ainsi, il y avait Akamatsu, qui était Rouge, Ômi, était appelé Bleu, Shirane était Blanche et Kurono était baptisée Noire. Seul Tsukuru Tazaki n’avait pas de surnom en couleur. Alors que Tsukuru est parti à Tokyo pour ses études, tous ses amis sont restés. Puis il y eut ce jour maudit où ses amis lui ont annoncé, sans la moindre explication, qu’ils ne voulaient plus jamais le voir. Ainsi Tsukuru a vécu comme oublié de tous, inexistant, mort dans le souvenir des autres.

Plus tard, alors qu’il est ingénieur et dessine des gares, il rencontre Sara et c’est comme une étincelle dans sa vie, un soubresaut d’émois dans son âme moribonde. Sara est d’emblée déconcertée par Tsukuru qu’elle ressent comme un être détaché du réel, vivant dans un univers inaccessible. Elle invite Tsukuru à lever les démons de son passé et à explorer les secrets enfouis, Il se sent incompris et pour ne pas perdre son amour, il décide de se rendre à Nagoya, puis en Finlande, pour tenter de comprendre ce qui a pu se passer pour que ses amis le rejettent et l’écartent définitivement du groupe.Incolore

Cahin-caha il poursuit son chemin et moult questions resteront sans la moindre ébauche de réponse, laissant Tsukuru dans une sorte de thébaïde jalonnée de mystère et de non-dits.

Ici encore l’on retrouve toute la richesse de la littérature japonaise, où l’émotion s’immisce entre les lignes avec grâce et délicatesse. L’auteur nous livre une histoire très belle, intense, et nous rejoint dans ce que sont nos bouts de vie faits de doute, d’incertitudes et d’ambiguïtés. Et nos réponses tant espérées qui jamais n’arrivent mais nous torturent l’âme et le cœur, nos désarrois impossibles à surmonter, aussi les séparations, les indifférences qui tombent comme un couperet, comme la mort.

Les personnages sont émouvants de sensibilité et de délicatesse et touchent le lecteur au fond du cœur. Le récit coule comme une rivière dans son lit de secrets. Tantôt le courant lèche les cailloux, inlassablement, tantôt il se heurte à des branchages freinant sa course comme les incompréhensions et les appréhensions encombrent les méandres de nos âmes meurtries.

Un roman à découvrir absolument, pour l’élégance et la sensibilité qui en imprègnent chaque ligne. Une invitation à la réflexion qui remue en chacun de nous les fragments déchirés du passé…

L’incolore Tsukuru et ses années de pèlerinage de Haruki Murakami

Catégories
Premier Grand Cru Classé

La fin des temps – Haruki Murakami

Un informaticien talentueux mène une vie dissolue dans des lieux de perdition imbibés d’alcool, se gave d’amours éphémères, de bonne chair et de musique jusqu’au jour où un vieux savant reclus dans les sous-sols d’un immeuble, inventeur d’un programme informatique de grande envergure va l’inviter à collaborer étroitement afin de troubler ce programme…

Le héros va connaître alors une aventure inattendue … Il se retrouve plongé dans des abîmes hantés de licornes et autres créatures à la fois merveilleuses et effrayantes, une sorte d’univers dénué de sentiments, sans plaisir ni tristesse. Un lieu au parfum de fin du monde où fantasmes et vérité se mêlent. Et la mission de ce héros déluré sera de sonder les crânes des créatures et leur subconscient pour détecter ce que révèlent les os et les chairs de nos cerveaux.

Dans ces profondeurs abyssales, le héros a l’âme en plein chaos, lui faisant imaginer que les deux univers peuvent coexister et s’accorder en harmonie.

Le récit foisonne de références philosophiques et côtoie un univers fantastique qui happe d’emblée le lecteur et le transporte longtemps encore lorsque sonne le mot de la fin.La fin des temps

L’auteur nous invite à le suivre dans un dédale d’émotions qui font frissonner et nous accueille dans un univers mystérieux et surnaturel. L’auteur ne se borne pas à nous faire voyager dans un récit au bord de la science fiction mais il parle du Japon de la fin des années 80 et nous donne une belle réflexion sur la difficulté de se situer, d’être soi dans un monde gorgé de superficialité, dénué de valeurs et d’émotion. Il nous parle du quotidien, de la vie de son Japon natal mais aussi d’un ailleurs où tout bascule, où tout n’est que qu’une lente descente vers la paix intérieure, la mort aussi…

Science et fantastique embrasent les paragraphes de ce récit grandiose. On croise çà et là des êtres extraordinaires se heurtant à la vérité et au rationnel mais jamais le lecteur n’est gêné de cette bousculade d’un monde à l’autre et se laisse porter aux antipodes sans rebrousser chemin.

Le roman est saisissant par sa profondeur et le style de l’auteur, tout en légèreté et en finesse nous désarme mais l’on se sent guidé aussi, se retrouvant comme un funambule en équilibre au-dessus de deux entités.

Les chapitres se succèdent, intenses, et l’on ne sort pas indemne de cette balade entre deux mondes parallèles. Ainsi, le cœur tressaute et frémit de soubresauts émotionnels. Un livre à vivre plutôt qu’à lire, une leçon de vie magistralement couché sur le papier.

Robuste et délicat à la fois, un roman que j’ai cloisonné dans mon âme et dont je porterai les stigmates longtemps encore…

La fin des temps de Haruki Murakami, Edition Collector Poche