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Premier Grand Cru Classé

Ouragan – Laurent Gaudé

Une négresse amère de près de cent ans. Un ouvrier de plateforme pétrolière usé, qui va retrouver envers et contre tout une ancienne amante après six ans, elle a un fils, fugueur. Une bande de taulards qui profite de l’occasion pour filer en douce, en tuant deux policiers au passage. Un prêtre un peu toqué, dont l’église est réquisitionnée. Voilà les personnages principaux de cette fresque, ceux sur qui tout repose.

Une négresse amère de près de cent ans. Un ouvrier de plateforme pétrolière usé, qui va retrouver envers et contre tout une ancienne amante après six ans, elle a un fils, fugueur. Une bande de taulards qui profite de l’occasion pour filer en douce, en tuant deux policiers au passage. Un prêtre un peu toqué, dont l’église est réquisitionnée. Voilà les personnages principaux de cette fresque, ceux sur qui tout repose. Ce fameux ouragan restera au second plan, il servira de toile de fond, de support, un moyen en quelque sorte. Le livre ne parle guère de l’ouragan, si ce n’est par allusions. Il parle de ces hommes et femmes, de leurs tourments, de leurs angoisses. Il faut reconnaitre qu’ils sont tous moroses d’un bout à l’autre, n’affichent quasiment aucune pensée positive. Ils se morfondent, et le déluge va les façonner encore un peu plus.

Chaque personnage intervient tour à tour, dans des paragraphes compartimentés, qui font parfois un quart de page. Ces bouts de textes forment une sorte de polyptyque, une œuvre avec de nombreuses facettes qui se complètent et servent toute le même dessein. Le dessein au fait, quel est-il ? On peut se demander si le but n’est pas simplement de nous secouer, de nous donner à lire ce que notre enfer intérieur apprécie. De ce point de vue là, Gaudé semble faire de la composition. Il nous sert le drame de façon rectiligne, abrupte, sans hésiter à puiser dans toutes les noirceurs de la nature humaine. Le procédé n’est pas nouveau il faut le reconnaitre. Il n’y a pas que le lieu qui est américain. Le traitement l’est aussi. « Ouragan » ressemble un peu à une histoire d’épouvante, où tout concourt à nous faire frissonner. C’est un livre façonné, où l’auteur semble avoir fait des calculs pour amener chaque ingrédient au bon moment. Malgré tout, le résultat garde un aspect naturel, et c’est sans doute là que l’on voit son talent, immense talent qui sait faire oublier la technique, et parvient à rendre l’anecdote  intéressante.

Ce livre n’est pas parfait pour autant. D’abord il faut une assez bonne concentration et un esprit déductif pour remettre en place les éléments de ce kaléidoscope. Les sauts fréquents de point de vue rompent la monotonie et donnent du relief, mais demandent aussi un effort pour entrer à chaque fois dans la peau d’un nouveau personnage. Le côté réaliste est assez réussi, mais comme on dit, l’excès nuit en tout. J’aurais apprécié un peu plus de nuance parfois, et quelques moments d’accalmie. Dans le fond, « Ouragan » est assez plat, dans son intensité, parce qu’il est constamment dans la puissance des émotions, si bien qu’il en devient excessif. Gaudé sait-il que même dans l’âme la plus noire, il y a toujours un rayon de soleil, un peu d’amour, de désir? Ses personnages sont tristes au point d’être parfois suffocants. Il y a un peu trop de tout. Après, on adore ou on déteste. En ce qui me concerne j’ai beaucoup aimé. Chaque ligne m’a parlé. C’est la façon d’amener les idées, de les exploiter, de les rendre palpables, la façon dont les mots s’appuient les uns les autres, comme les briques d’un édifice. On peut aimer on pas, mais personne ne peut nier que c’est un livre très bien écrit.

« Moi, Josephine Linc. Steelson, négresse depuis presque cent ans, j’ai ouvert la fenêtre ce matin, à l’heure où les autres dorment encore, j’ai humé l’air et j’ai dit : « Ça sent la chienne. » Dieu sait que j’en ai vu des petites et des vicieuses, mais celle-là, j’ai dit, elle dépasse toutes les autres, c’est une sacrée garce qui vient et les bayous vont bientôt se mettre à clapoter comme des flaques d’eau à l’approche du train. »

Ouragan – Laurent Gaudé. Actes Sud

11 réponses sur « Ouragan – Laurent Gaudé »

Un livre qui a du caractère, sans aucun doute.
Beaucoup de réaction positives, quelques unes moins enthousiastes

Merci pour votre participation, Gérard.

Je suis tout à fait d’accord avec tes arguments et pas ta conclusion: personnellement je n’ai pas aimé ce roman: certains situations m’ont semblé ridicules, les personnages sont trop nombreux et le roman trop court. Et l’ouragan ne reste qu’une toile de fond. Bof.

Oui je conviens parfaitement que l’o peut détester ce roman.
Moi je l’ai aimé en dépit de ses défauts.
Toutefois le style me semble singulier et l’écriture aboutie. Les personnages en nombre excessif, certes, comme je le disais il faut un certain effort pour se remettre dans la situation au vu des nombreux changements de point de vue.
Des excès, des excès, comme l’exige une certaine catégorie d’écriture à la fois commerciale et littéraire, fort à la mode. Après, on aime ou pas.

Ce livre est très pessimiste, comme la plupart des romans de Gaudé. Néanmoins, il y a une petite lueur d’espoir à la fin car on peut imaginer que la mère et le fils ont au moins réussi à nouer une vraie relation affective… Et puis Joséphine est restée droite et digne. Elle regagne pouce par pouce la fierté que les blancs américains ont volé à ses ancêtres et à ses proches.
Ce roman n’est sans doute pas parfait mais je craque chaque fois devant les talents de conteur de Laurent Gaudé…

Tout à fait, noir d’un bout à l’autre, guère d’espoir, sinon à la fin.
Un bon moment de lecture tout de même en ce qui me concerne.

Un excellent moment de lecture !!
Gaudé a une plume incroyable, il a le chic pour te fouetter par ses ambiances et une fois de plus c’est un pari réussi avec cet Ouragan.
Boulie

Je repose OURAGAN de laurent Gaudé :

Mon Avis : Magistral.. Le souffle de l’écrivain n’a d’égal que le souffle de la tempête.. Tout est émouvant et nous entraine.. la description des événements, la vie des protagonistes, les implications, la gestion de la tempête, les relations entre les humains, et bien sûr l’écriture… A lire d’urgence si ce n’est pas déjà fait!

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