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La métaphysique du Hors-jeu – Laurent Sagalovitsch

Cher Monsieur Simon

J’établirai dans quelques lignes comment votre livre m’a capturé…

Tout d’abord quel bonheur de trouver en annexe de ce brillant ouvrage une adresse de courrier. Je n’y vois point de code postal mais qu’importe, ma secrétaire médicale la trouvera pour moi. La ville de Gmail ne me dit rien, mais avec les technologies actuelles on la trouvera c’est certain.

Alors, je termine de dévorer votre livre. Burps. Excusez-moi… Fin de digestion ! J’ai littéralement été aspiré dedans, comme si l’univers que vous y décriviez était tout simplement le mien. Alors donc, vous aussi vous vous posez des questions existentielles. Vous aussi vous vous demandez qui sont ces fous de l’autre côté du mur d’enceinte ?

couverture de la metaphysique du hors jeu

Simon Sagalovitch a fait un séjour au Kanada, où il a trouvé une compagne qui lui fait oublier son désarroi existentiel. Mais voilà que sa sœur Judith, gravement névrosée, suicidaire invétérée, lui réclame des soins. Et notre brave Simon se rapplique en France au chevet de Judith. Il est rattrapé par de vieilles amertumes dans cette ville, capitale de l’antisémitisme selon la quatrième de couverture (!), il ressasse la déportation, la Shoah, les camps, dans des cauchemars violents. Il fréquente aussi un rabbin déjanté avec qui il a des discussions savoureuses autour de Dieu, du sexe et de toutes sortes de choses. Dieu, justement, vient à la rescousse pour sauver ce roman de l’ennui et donner une nouvelle vocation à Simon : aller sur les catastrophes porter assistance… Mais Simon n’est pas un homme ordinaire, il réagit à sa façon, maudit ces accidentés qui manquent de dignité…

couverture de la metaphysique du hors jeu

Alors, mon avis… L’auteur cite en préambule Lautréamont et son célèbre ‘chants de Maldoror’… « J’établirai dans quelques lignes comment… » et cette phrase revient comme un leitmotiv. Mais outre cette citation, il semble subjugué par l’écrivain, dont il fait quelques emprunts de style et de ton. Quelques phrases parfois alambiquées expriment bien toute l’ambiguïté et la complexité du personnage. Et le ton qui est celui de l’amertume, que l’auteur a toutefois ponctué de dérision et …peut-on dire d’humour ? sous un certain angle certes. Laurent Sagalovitsch ne se prive de rien et laisse courir son tempérament débridé, ne se privant d’aucune ressource de l’écriture. Quand il a envie d’exprimer une idée en trois mots, il le fait, s’il faut quatre pages, il le fait aussi. Il vous envoie balader son personnage de 1940 à nos jours en passant par les années 70 et 80, il le fait courir sans vergogne d’un bout à l’autre du monde, le maltraite, le rend odieux, véhément. Liberté d’expression que l’on peut juger licencieuse voire iconoclaste, et même irrévérencieuse, car décrire Varsovie ou Auschwitz comme des lieux de villégiature ne manquera pas de donner de petits boutons à certains lecteurs.

Alors finalement, qu’en penser ? Âpre, difficile à cerner, le personnage de Simon ne laissera pas indifférent. On ne peut qu’être chahuté en suivant ses pérégrinations. Ce roman étrange peut être lu de moult façons. C’est sans doute ce qui fait son intérêt. C’est aussi ce qui peut décevoir. En ce qui me concerne, j’ai eu du mal à percevoir sa finalité, sa philosophie. Mais je continuerai à y repenser encore longtemps, et je replongerai dedans, et sans doute y découvrirai-je toujours de nouveaux aspects. Ai-je aimé ? Je ne sais pas. Je le saurai peut-être dans dix ou vingt ans. Ou jamais.

Extrait (Simon sur les lieux d’une catastrophe, un accident de train…) :

« Quel désolant spectacle se déroulait à mes pieds.

Un manque total de dignité. Une prestation en tous points affligeante. Consternant.  Ils ressemblaient à l’équipe de France sous l’ère Domenech. Les mains sur les hanches, se demandant encore où ils avaient pu merder. Une bande de pleutres, de théatreux unijambistes, égarés dans l’antichambre de l’Actors Studio. Ils ne pouvaient pas afficher un peu de retenue ? d’aplomb ? de classe ? de raffinement ?  A les regarder se tordre de gémissements à même le sol, je pensais qu’ils n’auraient pas tenu une seconde dans les wagons plombés assurant la liaison quotidienne entre Drancy et Dachau et seraient arrivés déjà raides comme la mort à la porte de la jolie colonie de vacances située cette année-là dans les faubourgs riants de Varsovie. »

La métaphysique du Hors-jeu de Laurent Sagalovitsch. Éditions Actes sud

11 réponses sur « La métaphysique du Hors-jeu – Laurent Sagalovitsch »

C’est un livre tout à fait à part, dont je sors bouleversé. Ai-je aimé ou pas ? Je suis incapable de le dire. Ce qui fait sa force est sans doute qu’il peut être interprété de plusieurs façons. Sa faiblesse aussi.

Avant tout, il nous faut bien entendu rappeler une évidence toute simple et toute sotte qui saute aux yeux de n’importe quel Français de la première comme de la dernière génération: M. Christian Jacob n’est pas, n’a jamais été et ne sera jamais antisémite. Absolument pas.

D’ailleurs l’antisémitisme n’existe pas ou plus ou alors seulement dans les pages racornies de vieux manuels scolaires délités qui ratiocinent à longueur de pages sur des chambres à gaz à l’existence discutable et sur des guerres coloniales dont on oublie à escient les vertus admirables et pacificatrices.

Non, à bien y réfléchir, la seule faute commise par M. Christian Jacob est non seulement d’être français mais –semble-t-il crime inexcusable de nos jours–, de s’en vanter en clamant haut et fort son amour transi pour la patrie des droits de l’homme, de la femme, des chevaux et du cochon.

En toute sincérité, M. Jacob apprécie donc tout naturellement comme des millions d’autres Français «l’image de la France rurale, l’image de la France des terroirs et des territoires, celle qu’on aime bien, celle à laquelle je suis attaché».

Et ne vous en déplaise messieurs les journalistes, confinés à triple tour dans vos rédactions parisiennes à manger à longueur de journées des sushis confectionnés par des travailleurs clandestins pakistanais, c’est là son droit le plus strict tant il est vrai que le spectacle d’un village arriéré perdu au fin fond du Perche avec son église qui bat de l’aile gauche, sa grand-rue désertée repeinte à neuf pour le passage du Tour de France, son bureau de poste tout racornie, son bar-tabac à l’agonie, son ruisseau malingre, ses champs à l’abandon, ses fermes désolées, ses pâturages boueux, son terrain de foot cabossé, sa mairie vacillante, ses paysans gaillards, ses vaches ahuries, sa voie de chemin de fer embroussaillée, demeure, quoiqu’en disent certains chroniqueurs narquois et goguenards, un spectacle d’une féerie saisissante, d’une beauté enivrante, d’une magie sans cesse renouvelée qui ne laisse pas de vous charmer et de vous bercer d’une tendre nostalgie toute rousseauiste et non pas, comme quelques malingres esprits chagrins, petits caporaux d’une pensée étroite, nombriliste et cosmopolite, voudraient nous le faire admettre, pétainiste ou pire maurraciste.

Et il est fort à parier que cette enclume de Dominique Strauss-Kahn, égaré dans ses hautes certitudes hassidiques d’argentier mondialisé, qui, empruntant un raccourci qu’il n’aurait jamais dû prendre, se retrouverait par mégarde à traverser ce genre de hameau, frôlerait à coup sûr l’attaque de panique et jurerait sur la terre de ses aïeux qui, par ailleurs, ne doivent quand même pas tous reposer en Gaule ou en Terre Sainte, que décidément, malgré toute sa bonne volonté, il a bien du mal à se sentir comme fils légitime de la France, fille éternelle de l’Eglise.

Car, voyez-vous Monsieur Strauss-Kahn, il ne suffit pas seulement de posséder un quelconque passeport français stipulant que vous êtes plus ou moins de nationalité française pour que Français vous le soyez. Ce serait là tâche trop aisée. La France, ça se mérite. La France, ça se respire. Ça se hume. Un Français devant le postérieur d’une vache, ça pleure toutes les larmes de son cul. Un Français devant une église robuste comme un trois quarts gascon ça s’agenouille et ça remercie Le Seigneur Tout-Puissant, à s’en faire péter les cordes vocales, de l’avoir fait naître dans cette contrée bénie des dieux.

Un Français avant tout, ça aime la France et ça la révère sans réserve. Ça roule une pelle avec la terre humide et millénaire et ça fornique à tout va avec la sève des chênes centenaires. Ça se dresse de toute sa splendeur passée quand résonne la Marseillaise et ça se branle de plaisir infini quand elle gagne la Coupe du monde.

Et ça Monsieur Strauss-Kahn, désolé mais un sémite qu’il soit de Washington ou de Sarcelles sur mer ou encore de Budapest, ça ne le comprendra jamais. Jamais.

Laurent Sagalovitsch
Note de l’équipe de Slate.fr

Apparemment, de nombreux lecteurs n’ont pas saisi l’intention de l’auteur de cette tribune, qui est de dénoncer les propos aux relents antisémites. Puisque cela va mieux en le disant, oui, cet article est à prendre au second degré.

http://www.slate.fr/story/34217/terre-jacob-france-strauss-kahn-antisemitisme

Laurent Sagalovitch est tout simplement bouleversant. Même quand il fait rire, surtout quand il fait rire. A lire, absolument!

Bonjour Laurent !

L’aventure continue…

L’éditeur devrait peut-être faire un geste et envoyer, de temps en temps, un exemplaire en service de presse… Pour toute la pub qu’on lui a fait, je trouverais cela logique

Bonne chance pour votre nouveau roman !

Moi aussi je trouverais cela logique ! Je n’arrete pas de leur dire. Donnez moi votre adresse, je vais essayer de vous en faire parvenir un exemplaire. Ou alors contactez actes sud de ma part.

Je suis en train de lire le suivant « un juif en cavale »
Ma foi, je commence à me laisser prendre au genre… (mais je saute parfois certaines de ces longues énumérations…)
En fait, il faut prendre ce Sagalovitsch tel qu’il est…

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