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Premier Grand Cru Classé

Les souvenirs – David Foenkinos

Ça y est, le Foenki nouvelle cuvée est arrivé. On l’attendait depuis longtemps, un an au moins, depuis la sortie de « la Délicatesse », qui a fait un tabac, et pas du genre de ceux qui provoquent le cancer, entre autres. Une des meilleures ventes de l’année passée. Que donne ce nouveau futur millésimé ? « Les Souvenirs » a hérité de la délicatesse de « la Délicatesse », sans en retenir la pulpe un peu trop épaisse, le goût un peu trop prononcé, le jus parfois trop clair, parfois trop amer. Une évolution positive, en somme, pour cette variété de cépages bien ensoleillée, et même un peu trop.

souvenirs

Ça y est, le Foenki nouvelle cuvée est arrivé. On l’attendait depuis longtemps, un an au moins, depuis la sortie de « la Délicatesse », qui a fait un tabac, et pas du genre de ceux qui provoquent le cancer, entre autres. Que donne ce nouveau futur millésimé? « Les Souvenirs » a hérité de la délicatesse de « la Délicatesse », sans en retenir la pulpe un peu trop épaisse, le goût un peu trop prononcé, le jus parfois trop clair, parfois trop amer. Une évolution positive, en somme, pour cette variété de cépages bien ensoleillée, et même un peu trop.

On a vu Foenki dans l’émission « La grande librairie ». On l’a entendu affirmer que ce livre n’est pas auto-biographique. Difficile à croire… Le bouquin est écrit à la première personne (le fameux moi-je), mais surtout, il semble très personnel : le héros central est écrivain en devenir, ce qui nous rappelle le Foenki-ado et ses errements d’écrivain débutant. Il nous parle de ses parents, de ses grands-parents, et tant qu’on y est, de ses arrière-grands-parents.

les souvenirsLa star de ce bouquin, outre le narrateur, qui admettons-le donc n’est pas Foenki, c’est incontestablement la grand-mère. Celle-ci a du tempérament. Elle a connu tant de choses, comme le dit bien son petit-fils préféré : « Ma grand-mère avait traversé tant d’épreuves, d’horreur, de morts. Tout cela l’avait rendue robuste malgré elle. » Ses parents, des quincailliers pauvres, avaient subi, dans les années trente, les affres de la crise économique. Ils avaient dû partir sur les chemins pour subsister. Mère-grand a beaucoup voyagé, malgré elle, et a connu les années de disette… Il est difficile de ne pas se prendre au jeu et de ne pas éprouver une certaine tendresse pour cette vieille femme à la fois délicate et forte.

Grand-maman a une vie tranquille. Mais voilà qu’arrive un chambardement. Elle montre des signes de faiblesse. Inquiet, son fils veut la mettre en maison de retraite. D’abord farouchement opposée, elle finit par accepter, à titre d’essai. Son caractère bien trempé va prendre le dessus : elle fait une fugue. Elle décide de retourner vivre dans ses souvenirs, et retourne sans avertir personne dans son pays natal. La famille est désemparée. Le petit-fils part à sa recherche. Il se doute qu’elle est retournée à ses origines. Il la retrouve assez vite… Pour vivre avec elle quelques jours magnifiques…

David Foenkinos met en relief les troubles du temps qui passe et de l’âge qui avance, féroce, impitoyable. C’est toute la problématique de la vie défilante qui est mise en évidence à travers ces trois générations ; la retraite et ses journées impossibles à remplir, la santé qui se détériore, la confrontations aux souvenirs, les disparités des générations, etc…

On se laissera prendre au jeu du romancier… Ou pas… Car cette exploitation systématique de bons sentiments peut aussi agacer, à force. (Gide disait : c’est avec les bons sentiments qu’on fait de la mauvaise littérature…) Cependant, Foenki semble ici plus sincère et plus authentique que dans « la Délicatesse »… Roman parfois trop… romancé et maniéré, ce qui n’a pas manqué d’agacer quelques lecteurs. Plus réaliste, moins alambiqué, « Les souvenirs » est un bon cru, à lire sans modération. Un livre qui a le mérite de n’être jamais ennuyeux, pour peu que le lecteur se laisse mener par le manège désormais bien rôdé de l’auteur. Foenki s’ingénie à mettre en exergue le moindre sentiment, mais il faut bien le reconnaitre, avec du talent, et un art de toucher immédiat.

« Mes grands-parents se sont rencontrés dans un bal. A l’époque, c’était commun. Il y avait des carnets de bal, et celui de ma grand-mère était bien rempli. Mon grand-père l’avait repérée, ils avaient dansé, et tout le monde avait pu constater une harmonie entre leurs genoux. Ensemble, ils étaient comme une rhapsodie des rotules. Leur évidence se transforma en mariage. Dans mon imaginaire, c’est un mariage figé, car il n’existe de ce jour qu’une seule photo. Une image en forme de preuve et qui, avec le temps, fixe d’une manière hégémonique tous les souvenirs d’une époque. Il y eut quelques balades romantiques, un enfant, puis un deuxième, et un enfant mort-né. Comment imaginer la violence du passé, celle d’un temps où l’on perdait un enfant comme on rate une marche. »

Les souvenirs de David Foenkinos. Éditions Gallimard

21 réponses sur « Les souvenirs – David Foenkinos »

Magnifique billet de lecture que le tien Noann … comme à l’accoutumée.
Une belle invitation à se plonger dans ce roman très vite

Hum … Je suis à la fois agacée de voir que les écrivains français peinent à parler d’autre chose que d’eux-mêmes, et ce, même s’ils s’en défendent. Je l’ai entendu à la librairie, et oui, c’est forcément inspiré de sa vie.

Alors là ! Si tu t’y mets, je ne vais pas pouvoir résister. Je n’ai pas lu La délicatesse (et oui, je dois être une des seules en France à ne pas l’avoir découvert), j’étais tentée par celui-ci mais sans plus. Et voilà que ton superbe billet m’invite à découvrir ce roman qui ne se veut pas autobiographique mais qui doit l’être un peu quand même… Tentateur, va !

Bonjour à toutes.

Leiloona : remarque judicieuse ; mais précisément, Foenki n’est pas narcissique et ne nous bassine pas avec des souvenirs trop personnels. Comme il est assez rare qu’un auteur parvienne à ne pas être ennuyeux en parlant à la première personne, c’est la raison de ma cotation à quatre :coupe:
Angélique, pour moi aussi, :demi:
Irrégu’ : bonne lecture
Krol : il devrait te plaire, je commence à te connaitre un peu… C’est un bouquin pour toi

Merci pour vos interventions !

Attends, j’ai regardé « La grande librairie » et même si ce n’est pas officiellement une autobiographie, il a quand même dit que c’était beaucoup inspiré de sa vie.
Bon en même temps, c’est très en vogue de se faire estampiller romancier parce qu’on a modifié 2-3 événements mineurs de son existence et c’est finalement assez hypocrite. (je lis en ce moment le dernier « roman  » de Jean-Philippe Blondel et c’est là encore autobiographique selon ses dires dans « La grande librairie »)
Quoi qu’il en soit, ça n’ôte pas ses qualités au roman de Foenkinos ; il m’a paru très sympathique et décalé à la TV (bon, je l’aurais peut-être moins apprécié si j’avais lu le livre avant de le voir en parler vu qu’il a fait un florilège de ses bons mots du bouquin pendant l’émission) et je te rejoins sur les bons sentiments parfois trop présents dans le livre.
*désolée pour cette longue phrase alambiquée digne de Véronique Bizot mais vu l’heure et mon état de fatigue, je n’ai pas le courage de la réagencer*

Hello Violaine
Tout à fait d’accord, ça tient un peu de l’hypocrisie, le fait de faire passer pour roman un histoire vécue.
D’accord aussi avec tes autres conclusions. Quant à la longueur de ton message, pas de problème, ça nous change un peu des « il est dans mal pal » ou « tu en parles bien » (dont j’use aussi parfois). Merci pour avoir pris le temps de donner cet avis !

Merci Noann d’avoir inséré dans ta critique des citations.
Parce que ta plume acérée aurait sinon presque pu me convaincre que Les souvenirs étaient suffisamment différents de La Délicatesse pour mériter une lecture.
Mais le texte bleu fait foi : je retrouve bien là le style insipide et niaiseux (un néologisme qui lui va bien) de Foekinos ! 🙂

Il est vrai que le style n’a rien de bien extraordinaire…

Mais je pense que le bouquin pourrait éventuellement convaincre ceux qui n’avaient pas aimé « lé délicatesse »

Cela dit, c’est toujours pétri de bonnes intentions, alors on adore ou on déteste.

Comme dirait Gide « c’est avec les bons sentiments qu’on fait de la mauvaise littérature »

Bonsoir Violaine et merci pour le lien…
C’est amusant à lire, mais ça sent un peu la fausse bile du journaliste qui veut amadouer le lecteur par un article caustique, totalement à charge.

« Les souvenirs » est à prendre ou à laisser, selon moi. Il fera beaucoup d’adeptes et beaucoup de détracteurs. Aux uns et aux autres à faire preuve de tolérance envers le genre opposé.

Noann : Chevillard est sans doute moins « bankable » que Foenkinos mais je ne trouve pas que son article soit si à charge que ça (bon ok, il n’est pas flatteur, c’est le moins qu’on puisse dire…) mais ça fait du bien de lire des avis à contre-courant, ne serait-ce que pour se positionner, même dans l’entre-deux.
Surtout que le souci actuellement, c’est que la critique journalistique est souvent unanime pour « monter aux nues » ou « descendre » un livre. Moi j’aime mieux la polyphonie qui me permet d’affiner ma pensée et cet article fournit un contrepoint intéressant (en plus d’être drôle, ce qui n’est pas négligeable).

En effet, si c’est drôle, c’est déjà ça de pris.

Heureusement que les avis sont variés. Comme vous dites, les journalistes s’accordent parfois. Ne parlons même pas des blogo-ménagères, quand y en a une qui aime, le troupeau suit…

Rien n’empêche de lire d’autres avis pour préciser son opinion, c’est pour ça que vous êtes ici il me semble, non ?

J’ai remarqué que les gens tiennent finalement peu compte de ce qu’on leur dit – du moins d’un avis unique. Comme disait ma psychiatre, quand je lui parlais de mon livre et de réactions peu amènes de lecteurs : « ce n’est qu’un avis ».

Je vois que nombre d’internautes compulsent de nombreux sites sur un sujet. C’est un des bénéfices d’Internet. Si les avis sont quelquefois fantaisistes, il est par contre facile d’en consulter un grand nombre. Tel n’est point le cas des journaux papier.
Après, un peu d’esprit critique et rationnel permet, sans doute, de faire la part des choses

Bonne nuit…

Blogo-ménagère… Aïe, aïe, aïe, ce soir je ne vais pas très bien et je me sens quelque peu faire partie de cette masse… pourtant je ne suis pas ménagère, pas le temps, je bosse (et l’état de ma maison laisse à désirer), mais j’adule parfois un livre que tant ont adulé avant moi… parfois j’émets une voix divergente… Bon, allez, j’arrête de t’embêter Noann. D’ailleurs ce livre de Foenkinos, c’est encore une fois un roman qui n’en est pas un, comme celui que je viens de lire. Et ça, par contre, ça commence sérieusement à m’agacer.

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