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Mufle – Eric Neuhoff

Lui, le narrateur, c’est un homme particulièrement désabusé. Il a connu deux divorces, deux échecs cuisants, qu’il ne comprend pas. Et voilà qu’à 50 ans, il a enfin reconstruit sa vie avec Charlotte, tout son futur, son espoir. Une femme de son âge qui n’a pas vu les années passer, se comporte comme une adolescente. Une blonde décolorée et sophistiquée. Elle fait le tour du monde sans lui, s’engage dans des relations intéressées, avec des notoriétés, des stars… Tout ceci sans se soucier de lui.

Lui, le narrateur, c’est un homme particulièrement désabusé. Il a connu deux divorces, deux échecs cuisants, qu’il ne comprend pas. Et voilà qu’à 50 ans, il a enfin reconstruit sa vie avec Charlotte, tout son futur, son espoir. Une femme de son âge qui n’a pas vu les années passer, se comporte comme une adolescente. Une blonde décolorée et sophistiquée. Elle fait le tour du monde sans lui, s’engage dans des relations intéressées, avec des notoriétés, des stars… Tout ceci sans se soucier de lui.

Mais voilà qu’un jour, un texto met le feu aux poudres… Le message qui apparaît sur le téléphone qu’elle a laissé traîner négligemment est sans ambiguïté. Au début, elle nie farouchement, mais ses assertions ne tiennent pas longtemps, elle finit par avouer, d’une manière désinvolte. Entre eux plus rien ne va, la méfiance s’installe, il la voit partout aux bras d’un autre, même son odeur n’est plus pareille.

« C’est la vieille odeur de l’adultère. Elle vous prend à la gorge. Il ne s’agit plus du parfum paisible, anodin, de la confiance. C’est une odeur tenace, violente, chafouine, une odeur qui n’ose pas dire son nom. »

Cet homme trompé nous emmène dans un tourbillon rageur… C’est lui qui écrit, une voix unique qui est celle de la colère…Mufle

« Quelle conne. De son écriture ronde et penchée, cette midinette avait recopié dans son carnet tous les textos qu’elle avait échangés avec le Vénitien. »

Le style est vif et direct, une sorte d’écriture automatique, qui passe parfois du je au il…

« La nostalgie l’étranglait. Il s’épuiserait à se souvenir. »

Et puis la colère passe doucement, amèrement …

« Elle était difficile à remplacer. Elle prenait du volume. Charlotte était un pluriel à elle toute seule. »

C’est toute l’histoire de l’infidélité dont, pour une fois, un homme est la victime. Le sujet peut paraître convenu a priori. Cette Charlotte est l’archétype de la femme frivole, la nymphette qui se joue des hommes, sans aucun état d’âme. C’est presque du cliché. Mais l’auteur parvient à tirer cette relation des sentiers battus, par une écriture qui décoche comme des poignards à chaque ligne. En cent pages à peine, il nous dresse un portrait vitriolé de cette relation bancale.

Ce roman fut pour moi la révélation que j’attendais. À contretemps de la hargne médiatique généralisée à l’égard des hommes, dopée par un féminisme d’arrière-garde, qui en devient ridicule à force de s’offusquer de tout, sauf des vraies causes. Après avoir enduré des pamphlets incessants sur les hommes, présentés comme fourbes et manipulateurs, après des litanies d’aigreurs à notre sujet, voici enfin un livre qui met en lumière la situation inverse, très courante. Cette femme rappellera de mauvais souvenirs à plus d’un homme. Que de blondes écervelées, parfois méchantes. J’ai longtemps cru que les gènes de la blondeur et de l’idiotie étaient conjoints. Mais j’ai aussi remarqué ceci : prenez une brune, décolorez-la, et du jour au lendemain, elle devient idiote. C’est un phénomène étrange…

Alors, ce livre, on l’adorera ou le détestera. La vision donnée est à sens unique, c’est celle de l’homme brimé, que tout lecteur ne partagera pas forcément. Tout dépend du camp où l’on se trouve. Homme de cinquante ans aigri. Ou jeune blonde revancharde. L’écriture au scalpel d’Eric Neuhoff est efficace.

Mufle – Eric Neuhoff. Éditions Albin Michel

37 réponses sur « Mufle – Eric Neuhoff »

J’ai trouvé la couverture très gênante. Cette image compare une fois de plus la femme à une chienne soumise. Je ne le lirai pas pour cette raison.

Tiens c’est bizarre..

Moi sur le couverture, je vois une patte de chien sur la tête d’un autre chien.

En fait, d’après l’histoire, il me semble que c’est l’homme le dominé…

Effectivement, il s’agit d’un patte de chienne sur une tête de chien. Enfin, c’est comme ça que je le comprends … Et pour avoir lu le livre – que j’ai beaucoup aimé – je lui aurais mis 4 verres ! Un livre fort, une écriture couperet, une belle suprise de cette rentrée littéraire !
à Rosa : si c’est l’habit d’un livre qui vous dérange c’est dommage … Le contenu en vaut pourtant la peine

Un coup de coeur pour moi aussi. Pour une fois, un roman parle de la souffrance d’un homme, ça change un peu …

Certes certes, comme je le disais, on adore ou on déteste… Mais, « pauvreté des idées », ma foi, tout dépend si on est sensible au sujet ou pas. Moi j’y ai vu 36 millions de choses. Chaque mot m’a parlé…

Oh Oh ! Voilà un livre qui m’intrigue, pas sûr que j’aimerais mais sait-on jamais, tout dépend de l’écriture. J’aime cette phrase « Charlotte était un pluriel à elle toute seule ». Je suis tentée… j’ai beaucoup aimé la description du couple avec une femme exécrable qui domine son mari dans le dernier Dubois, j’avais de l’empathie pour le personnage. Est-ce que l’écriture frôle le cynisme ? (ce qui me plairait vraiment beaucoup). J’attends l’avis de Clara avec impatience. Et puis Céleste a aimé… n’est-ce pas un gage de qualité ?

Tiens, Krol, une chose en passant, inscris-toi ici pour déposer une image, qui apparaitra sur (presque) tous les sites où tu laisses un commentaire :

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C’est un peu rébarbatif a priori, mais tu seras surprise du résultat… Vois simplement le nombre de blogs où nos images apparaissent !

Pourquoi ce titre  » MUFLE »? N’est-ce pas en général attribué à un homme qui se comporte comme un moins que rien ???? Nous sommes complètement à l’opposé, puisque dans le livre, c’est Charlotte qui mériterait ce qualificatif… Mufle n’a pas de féminin!!!! Ou alors il y a un truc qui m’échappe. Merci de bien vouloir m’éclairer…

Vous relevez bien toute la symbolique (et la problématique) du livre, et du titre.

« Mufle » certes s’emploie plus souvent pour désigner un homme, mais rien d’un point de vue syntaxique n’indique que ce substantif leur soit réservé…

D’autre part, « mufle » peut très bien s’adresser à l’homme de ce roman, ce serait en quelque sorte l’insulte ironique que lui réserverait sa compagne, signe de sa mauvaise foi, une façon pour elle de retourner la situation…

Mais il y a aussi une autre signification à « mufle » :

Extrémité, ordinairement dépourvue de poil, du museau de certains mammifères. Deux vaches montraient, à travers les trous du mur de l’étable, leurs mufles roses et leurs gros yeux brillants (Balzac, Chouans,1829, p. 260).Vers quatre heures, entrée en scène des hippopotames. Leur mufle énorme vient crever la surface de l’eau (Gide, Retour Tchad,1928, p. 870).
− P. méton. Élément décoratif imitant ou rappelant un mufle d’animal réel ou imaginaire. Leur cavalerie (…) était effrayante à voir, avec ses casques chargés de muffles d’animaux sauvages, et surmontés d’ailes d’oiseaux (Michelet, Hist. romaine,t. 2, 1831, p. 161).Le mufle de lion vomissait dans sa vasque une eau abondante et pure (Gautier, Fracasse,1863, p. 492).

je viens de le terminer (billet en ligne prochainement) j’ai lu les avis mitigés et plutôt négatifs des autres mais pour ma part je te rejoins. Il bat en brèche quelques idées reçues dont celle selon laquelle seuls les hommes seraient infidèles . Je note aussi que la souffrance ressentie lorsqu’une histoire d’amour se finit par une trahison est la même que l’on soit homme ou femme et j’ai aimé la sensibilité du narrateur. J’ai comme lui compris que celui que j’aimais me trompait depuis des mois en lisant un texto…un sacré deuil.

Bonjour Lucie

Merci pour cet avis, je vais donc attendre ce billet…

J’avais lu beaucoup de négatif sur ce roman et je me demandais finalement si c’était moi qui étais débile. Ouf, il y a d’autres avis dans le même sens

Bien sûr qu’il y a d’autres avis dans ton sens Noann. Le mien déjà … (je me répète, je l’avais déjà dit plus haut). J’avais personnellement été très enthousiaste par ce roman et derrière la couverture, que j’avais trouvée très belle et explicite, se cache beaucoup de vérité …

Certes ce n’est pas non plus un roman qui laissera une empreinte dans l’histoire de la Littérature…

J’avais cru bon toutefois de le défendre, alors qu’il était critiqué par des hordes (des hardes ?) de lectrices, apparemment outrées que l’on osât ainsi parler de la femme, et qui le descendaient, en dépit de certaines qualités d’écriture (le style mordant et efficace quoiqu’on en dise)

« J’ai longtemps cru que les gènes de la blondeur et de l’idiotie étaient conjoints. Mais j’ai aussi remarqué ceci : prenez une brune, décolorez-la, et du jour au lendemain, elle devient idiote. »

L’intelligence brille, effectivement !
Pauvre homme.

à Meryl : détendez-vous un peu voyons … Il ne faut pas prendre au premier degré l’humour de Noann dans son billet. Moi en tout cas, j’avais bien ri et je suis une des rares femmes à avoir apprécié ce livre. Céleste, quinqua pas amère …

Il y a pléthore de femmes perfides et tant d’hommes incompris et brimés. Et ce livre donne pour une fois un autre son de cloche que celui que les féministes anti-hommes veulent entendre …

Céleste, quinqua en pleine forme, qui a su garder son authenticité et le sens de l’émerveillement…

Voilà les femmes comme je les apprécie.

Quant aux féministes d’arrière-garde, dont le but n’est plus l’égalité mais la stigmatisation de l’homme, je n’ai qu’une chose à leur dire : vivement que la raison revienne et que les deux sexes puissent vivre épanouis et dans le respect de l’autre.

Je reste persuadé que si les rôles avaient été inversés dans ce livre, c-à-d que c’eût été la femme trompée, il y aurait eu beaucoup d’avis enthousiastes.

je pense que vous avez manqué l’essentiel. La forme. L histoire n’a que peu d’intérêt, somme toute banale, un homme ou une femme trompée ça n’a rien d’intéressant. Et c’est presque normal. Bref. Eric N. a pourtant écrit un livre sur la déconstruction et la violence s’exerce envers le narrateur et non sa femme. Sa femme n’est qu un prétexte pour souligner la difficulté d’être un couple authentique. Il en veut plus à sa décision d avoir aimé cette femme plutôt qu’à l adultère. Et le style est concis, au scalpel, plaisant, sec comme l’aveu d’un amour disparu.

Attendons le reboot.

« je pense que vous avez manqué l’essentiel. La forme. »

???

« une écriture qui décoche comme des poignards à chaque ligne »

« L’écriture au scalpel d’Eric Neuhoff est efficace. »

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