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Les raisons de mon crime – Natalie Kuperman

« Je vais tout te raconter sur les sept bonshommes que ma mère a zigouillés les uns après les autres. »

C’est en ces termes que Martine entame le récit morose de sa vie familiale. Des mots durs, adressés sans ménagement et sans effets à Marianne, une cousine qu’elle avait perdu de vue pendant quelques années, retrouvée lors de l’enterrement de la mère de celle-ci.

Les familles des deux femmes ont longtemps été intimement liées. Marianne admirait la grâce de Martine, son aisance, ses formes. Mais bien des années plus tard, que reste-t-il d’elle ? Martine a sombré. Alcoolisme, violence, perversion. Elle a abouti dans un logement de quinze mètre-carrés, où elle vit avec un homme toqué de ses bizarreries.

« Je vais tout te raconter sur les sept bonshommes que ma mère a zigouillés les uns après les autres. »

C’est en ces termes que Martine entame le récit morose de sa vie familiale. Des mots durs, adressés sans ménagement et sans effets à Marianne, la narratrice, une cousine qu’elle avait perdu de vue pendant quelques années. Les deux femmes se sont retrouvées lors de l’enterrement de la mère de Marianne.

Leurs familles ont longtemps été intimement liées. Marianne admirait la grâce de Martine, son aisance, ses formes. Mais bien des années plus tard, que reste-t-il d’elle? Martine a sombré. Alcoolisme, violence, perversion. Elle a abouti dans un logement de quinze mètre-carrés, où elle vit avec un homme toqué de ses bizarreries.

Marianne elle est devenue graphiste, avant de perdre son travail. La voici désœuvrée, et lorsqu’elle retrouve Martine, elle éprouve une sorte de fascination bizarre, un mélange de pitié, de curiosité, d’amour peut-être. Marianne décide d’écrire un livre sur elle, peut-être sur elles-deux. Mais rien n’est décidément simple, dans cette famille enracinée dans la violence et la promiscuité…Les raisons de mon crime

Nous voici plongés au sein d’un chancre familial, mais plonger n’est peut-être pas le mot… .

L’auteure nous a fabriqué un monolithe, qui semble tout droit sorti d’un haut-fourneau, avec toutes ses scories, ses aspérités. On aurait pu prendre les poussières, tout de même… Le style semble façonné dans une usine proche de l’explosion sociale. Les mots sont bruts, rocailleux, l’écriture semble n’avoir même pas été relue. Le bouquin tout entier a l’air d’avoir été moulé dans une seule nuit de cauchemar !

Peu d’étincelles d’espoir, peu de lumière sort de ce bloc, à part les souvenirs, et encore, ils sont teintés d’amertume… L’auteur semble avoir coulé en mots toute la douleur du monde…
Si Martine est primaire, glauque, comme une rate dans un trou, Marianne ne s’en sort pas mieux. Elle oscille entre phases dépressives et se met à boire au goulot, à l’instar de sa cousine. Le lecteur a envie de casser ce bloc de rancœur, et de secouer ces familles de tourmentés qui tournent en rond. Mais rien ne vient améliorer leur quotidien qui consiste à se morfondre, en se souvenant, parfois, du temps jadis, où l’on se chamaillait, le temps où les deux filles faisaient la course à la nage.

Obscur en général, avec quelques lueurs de tendresse, de rire peut-être, mais propice à la réflexion, ce roman ressemble à un psychodrame joué à corps perdu dans un lugubre cabinet de psychiatrie, devant nous, lecteurs médusés. Je suis sorti de ce livre perplexe et songeur, pour peu que j’y sois jamais entré. Peut-être vaut-il mieux attendre la fin de la dépression d’hiver, pour se glisser dans ce mètre-cube de sentiments et ressentiments.

« Je note que les larmes viennent lorsqu’elle évoque sa mère, mais que ses yeux restent secs quand elle parle de sa fille. La haine fait obstacle à la tristesse, et puis sa fille a le privilège d’être encore en vie. Les morts prennent l’avantage, c’est certain. Martine junior a pris ses distances avec Martine, laquelle a fait pleurer sa p’tite Chiasse parce qu’un enfant n’est beau que lorsqu’il pleure, et c’est cette beauté-là qu’il faut saisir sur le vif. Les photos en noir et blanc d’enfants pleurant sont de véritables œuvres d’art »

Les raisons de mon crime – Natalie Kuperman. Éditions Gallimard

8 réponses sur « Les raisons de mon crime – Natalie Kuperman »

Magnifique billet de lecture que le tien Noann, tout droit venu de ton coeur. Une invitation à la lecture.

Hello Alex !

Je disais ça parce que je l’ai lu quand je n’étais pas bien… C’est pas franchement rigolo comme lecture, même si l’on peut sourire devant le ton sarcastique, et une sorte d’ironie féroce…

Je l’ai vue à l’émission « la Grande Librairie » elle m’a fatiguée !! Et comme tu sors perplexe et songeur de cette histoire…. moi je ne vais pas y rentrer du tout ! Ton article me permet de rester sur l’impression qu’elle m’a faite en l’écoutant ! Je te souhaite un bon dimanche.

Bonjour Nina !

Je l’ai vue moi aussi à La grand Lib’, j’avais déjà lu le bouquin, et je n’ai pas été surpris par la froideur du personnage….

En ce qui me concerne, c’est l’émission « La Grande Librairie » qui me fatigue … Le présentateur n’a pas ma sympathie. Pour moi il n’y a plus d’émission littéraire de qualité comme auparavant. Et puis, dans le monde de la littérature, il y a des auteurs qui « ne passent pas bien » à la télé …

Oui c’est vrai cette émission n’est pas fameuse, elle est très « brosse à reluire » mais je la regarde quand même. c’est vrai que ce n’est pas facile de passer à la télé, de parler de soi. Il y a des auteurs qui se débrouillent très bien pour présenter leurs livres et ensuite on est déçu et d’autres c’est le contraire ! C’est un peu ennuyeux, car moi qui bosse en bibliothécaire, ça m’agace un peu quand les lecteurs viennent à cause de l’effet « télé » me réclamer le même livre. Le pire je crois ça a été le Da Vinci code et maintenant Millénium, cette trilogie a je crois vu uniquement l’étagère « réservation » sans jamais être rangée son étagère. La Grande librairie est la vitrine des « meilleurs ventes », rien de plus.

Oui c’est vrai Nina, la Grande Librairie est une sorte de vitrine qui scintille, un peu comme une émission de variétés … Cela convient très bien aux chanteurs populaires qui viennent présenter leur dernier tube et se mettent en exergue. Je trouve que les auteurs feraient mieux d’éviter de se dévoiler à la télévision, mais devraient peut-être se borner à rencontrer les lecteurs lors de foires, de salons ou de rencontres littéraires. Personnellement, cela ne m’intéresse pas trop de voir un auteur à la télé. Certains auteurs sont plongés dans leur univers et leur réserve dérange. Alors ils sont considérés comme antipathiques. Et les téléspectateurs les jugent peut-être un peu vite … Quant aux Da Vinci Code, Millenium et tutti quanti, cette littérature a un goût d’Oscars au Cinéma. A fuir à tout prix !

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