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Les oiseaux noirs de Massada – Olivia Elkaim

Un dimanche soir à Paris, lors d’une soirée juive, Klara interprète une chanson. C’est son truc, le chant, mais elle vivote, entre soirées privées, Bar-Mitsva(s), cabarets. Un homme, Ron Uchovski, la regarde avec attention. À la fin du spectacle, il lui propose de jouer dans une comédie musicale à Tel Aviv. Il s’agit de la légende de Massada, qui raconte comment, en ’73 après JC, un millier de juifs se sont réfugiés sur une colline et ont fait un pacte : pas un ne se rendra. Ils tueront leurs propres femmes et leurs enfants.

Un dimanche soir à Paris, lors d’une soirée juive, Klara interprète une chanson. C’est son truc, le chant, mais elle vivote, entre soirées privées, Bar-Mitsva(s), cabarets. Un homme, Ron Uchovski, la regarde avec attention. À la fin du spectacle, il lui propose de jouer dans une comédie musicale à Tel Aviv. Il s’agit de la légende de Massada, qui raconte comment, en ’73 après JC, un millier de juifs s’est réfugié sur une colline et ont fait un pacte : pas un ne se rendra. Ils tueront leurs propres femmes et leurs enfants.

Dans un premier temps, Klara accepte, mais la chanteuse va vite… déchanter, au propre comme au figuré. Elle perd sa voix, éprouve de la nostalgie pour sa grand-maman, Mouna, restée en France, avec qui elle a une complicité très forte… Et puis ce Ron est un type bizarre. Il lui promet monts et merveilles, se permet de coucher avec elle. Mais voilà qu’une fois arrivés en Israël, il se dégage d’elle, délaisse ses projets, s’enfuit au sud du Pays, près de le bande de Gaza. Ron a une femme et des enfants, mais surtout, il a un lourd passé, qui l’obsède et qu’il traine comme un fantôme son boulet.Les oiseaux noirs de Massada

Klara évolue entre une grand-mère fusionnelle mais secrète, une mère fugitive qu’elle voudrait aimer, et voilà à présent cet homme et ses projets ambitieux, qui ne se concrétisent pas.

C’est avec beaucoup de pudeur et de simplicité que l’auteure nous conte cette histoire de femmes complices. L’une vit avec des souvenirs de vieille juive, le chaos de la guerre, et les années de renaissance qui ont suivi. Et sa petite fille, qui voudrait comprendre mais se heurte à un mur ; sa grand-mère a enfui son passé et refuse de l’exhumer. Petit-à-petit, nous découvrons les secrets de ces femmes, ce qui les unit. Le lecteur avec un brin de sensibilité sera toujours tenté de tourner les pages pour parcourir leurs univers…

Ce roman – mais en est-ce bien un, ou une histoire vraie – est intimement lié au peuple juif, la Shoah, la diaspora, l’exil en Terre Sainte, les 60 années de conflit qui ont suivi. La douleur des bombardements, les civils estropiés. Parler du peuple juif revient inéluctablement à évoquer ses affres. L’auteure donne beaucoup de crédit à son histoire par d’infimes détails qui font toute la différence. Il confine au parfois au journalisme. Les personnalités sont attachantes et fouillées…

L’écriture est d’une grande sobriété. Pas de pathos, d’effet ou d’émotion excessive. Le style est éthéré et sans ajout. Les événements suffisent, ils sont assez fort en eux-mêmes. La narratrice fait un choix judicieux en optant pour cette sorte de détachement, qui donne du poids aux faits. Cependant, il est une chose curieuse : presque tout le texte est écrit au plus-que-parfait. Elle avait fait, il avait dit. En principe, ce mode du verbe décrit une action qui est antérieure à une autre action. Or ici, il n’y a point d’antériorité, s’agissant pour la plupart d’événements qui se déroulent dans la même période… Ce mode utilisé de façon répétitive peut donner une impression de monotonie, voire de lourdeur. « Jusqu’à quel point peut-on détourner la grammaire pour personnaliser un style ? » L’usage du passé simple ou du passé composé eût été moins pompeux. « elle a été » est tout de même plus simple que « elle avait été »…

Les oiseaux noirs de Massada – Olivia Elkaim. Éditions Grasset

6 réponses sur « Les oiseaux noirs de Massada – Olivia Elkaim »

Ah oui étonnant cet usage du plus-que-parfait. Les enfants ont tendance à utiliser ce temps plutôt que le passé composé ou le passé simple, et je les reprends systématiquement !!!

Bonjour Clara et Krol !

Les auteurs sont parfois de grands enfants… Et les éditeurs des garnements, surtout…

Bonne journée

C’est beaucoup plus difficile d’écrire au présent mais il est vrai que le style s’en ressent au point de lui donner beaucoup de fluidité. Moi je préfère ! Après, il est certain qu’il faut se mettre dans la peau de l’auteure qui a peut-être voulu se distancier des personnages.

Bonsoir Annette, je vous ai envoyé un mail…

Tout dépend du style et du message que vous voulez faire passer. Le présent est un mode journalistique qui conviendra à un récit simple et mouvementé, pour faire sentir l’action telle qu’elle se présente.

La passé simple est plus littéraire, un peu désuet…

Quant au pqp, c’est le premier ouvrage où j’en voyais autant. C’est à mon sens une faute de grammaire de l’utiliser en continu, alors que logiquement il décrit une action par rapport à une autre plus récente…

Personnellement j’ai écrit mes derniers textes au passé composé et à l’imparfait,.

Vous avez certainement raison. Moi j’écris tout naturellement au présent et à la relecture, bien souvent, je repasse au passé simple et à l’imparfait pour certains chapitres ou passages. Et comme vous le soulignez, tout dépend de l’action si elle est antérieure au moment du récit et si la narratrice veut se détacher. Je « jongle » bien souvent avec le présent et les autres temps, surtout quand il y a des rebondissements dans l’histoire.

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