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Les Exigences – Olivia Profizi

Éprise d’un homme ombrageux à la sexualité débridée, Rachel va se plier à tous ses caprices et subira un cortège de sauvageries la menant crescendo jusqu’au point de non-retour, l’inacceptable.

Ainsi, elle obéira aux désirs de Maxence la conviant à une sorte de messe noire érotique où, sous ses ordres, elle devra se donner sur une table de sacrifice. Elle accepte d’être l’héroïne de ce théâtre de sexe et de sang… jusqu’au drame.

Éprise d’un homme ombrageux à la sexualité débridée, Rachel va se plier à tous ses caprices et subira un cortège de sauvageries la menant crescendo jusqu’au point de non-retour, l’inacceptable.

Ainsi, elle obéira aux désirs de Maxence la conviant à une sorte de messe noire érotique où, sous ses ordres, elle devra se donner sur une table de sacrifice. Elle accepte d’être l’héroïne de ce théâtre de sexe et de sang… jusqu’au drame.

Après une tentative de suicide, Rachel se retrouve enfermée plusieurs mois en clinique psychiatrique… Que s’est-il bien passé dans la vie de Rachel pour qu’elle en arrive là ?

Dans cet univers aseptisé, Rachel tente de reconstruire le puzzle qu’a été sa vie jusqu’ores. Elle médite et se remémore cet abysse périlleux et inquiétant dans lequel elle avait plongé les yeux fermés, se donnant tout entière, brûlant son âme pour un amant fou à lier. Au gré de ses notes, réflexions, Rachel renaît et s’éloigne de plus en plus de son état de victime, allant même jusqu’à se dire responsable de tout ce qui lui est arrivé, par amour, par passion, par faiblesse… Car oui, elle a aimé son amant à la folie et lui a tout donné. Mais, de toutes ses expériences, elle reconnaît à présent que rien n’est plus fort que l’écriture et la médiation pour avancer à tout prix, la tête haute et l’âme vidée de souvenirs macabres.

Pour un premier roman, l’auteur exploite une thématique difficile et l’on a d’emblée envie de refermer le livre très vite, craignant une sempiternelle histoire de descente vers un abîme dont on ne revient que plus meurtri encore… ou jamais.

L’on suit cette femme en perdition que l’auteur va élever sur le piédestal de la souffrance et l’ériger en martyre sexuel. Cependant Olivia Polizi ne se borne pas à parler de Rachel exclusivement mais se livre à un véritable examen de l’âme de ses personnages. Certes, le récit dit toute la souffrance qu’une femme peut parfois endurer et le mépris dont elle fait souvent l’objet depuis l’enfance. Mais ici elle nous dit aussi que dans ce monde ambigu où l’entraîne son amant, tant l’homme que la femme se laissent dériver vers l’insensé, en toute connaissance de cause…

Elle va même plus loin dans son raisonnement jusqu’à analyser de fond en comble l’âme et ses dégâts rendant fébrile, capable d’actes dénués de la moindre raison.

les ExigencesL’écriture est intense, ardente. L’auteur nous parle tour à tour de la cruauté subie depuis l’enfance mais aussi de la détermination d’éloigner le regard malfaisant des autres, de chasser la violence pour que l’horizon s’éclaircisse enfin plus tard…

Me voici dubitative quant au classement de ce roman sur notre site… Je lui donnerais trois verres pour l’écriture – magistrale – mais la thématique m’embarrasse un peu. Elle est certes magnifiquement exploitée et l’auteur va très loin dans l’analyse des âmes de ses personnages, hommes ou femmes confondus, mais j’ai ressenti parfois un malaise… inexplicable.

J’ai tranché et lui donnerai donc deux verres…

Notes (très) personnelles :

Je sais que beaucoup d’entre vous n’abonderont peut-être pas dans mon sens et je m’apprête à recevoir les foudres de la gent féminine, ou plutôt féministe… Pour ma part, je ne m’apitoierai pas seulement sur le sort de Rachel et sa souffrance, certes intense, mais m’intéresserai plutôt à Maxence, un homme qui porte une fois encore un masque de monstre et une âme de diable.

Je me demande pourquoi cet amant débauché en arrive à tant de dérives… N’est-ce pas aussi une souffrance larvée issue de l’enfance qui surgit à l’âge adulte ?

Nulle n’est contrainte d’aller jusqu’à la destruction de soi mais plutôt faut-il se poser une question fondamentale : jusqu’où est-on capable d’aller par amour ? Et s’il y a de l’amour, il n’y a pas de tabou, juste des délires qui s’entrechoquent entre deux êtres tout en souffrance…

Quelques mots venant tout droit de mon cœur…

Les Exigences de Olivia Profizi, éditions Actes Sud

13 réponses sur « Les Exigences – Olivia Profizi »

Un bel article, mais je comprends ton sentiment mitigé.

En somme, il s’agit une fois de plus d’un roman qui surfe sur la vague très tendance de l’homme pervers et de la femme humiliée. Déjà tant vu et tant lu. Une vague portée par des féministes hystériques qui s’acharnent à dépeindre le mâle comme machiavélique, assoiffé de sexe, de violence, de domination. Et les médias ont pris le relais. Pas un jour sans qu’on nous assène un reportage ou un encart dans le JT où l’homme est sali, dénigré, souillé.

Cependant, j’ai vu un reportage hier sur une chaine belge, concernant une affaire sordide, qui s’est passée à Erezée.

En substance, trois femmes, une mère, sa fille, et son amante, ont décidé de dépouiller un couple de personnes âgées, qui les avait pourtant souvent aidées. Elles ont profité d’une longue amitié, qu’elles avaient avec ce couple, pour s’introduire chez eux, les menacer, les attacher, puis les étrangler froidement, tout ceci pour quelques centaines d’euros.

Ce n’est pas la première fois que des femmes se rendent coupables d’une telle sauvagerie.

Quand un homme commet la moindre bévue, il est stigmatisé, on en parle, en faisant souvent une généralisation abusive, et sous-entendant, disant même, proclamant, que les hommes sont des brutes. Or force est de constater que la brutalité fait partie de la race humaine, tous sexes confondus.

Dès lors, ce roman s’annonce une fois de plus comme une pièce surnuméraire et inutile dans le jeu des relations humaines.

A quand un roman qui dépeindra une autre réalité, celle de la femme violente et manipulatrice, et de l’homme humilié ? Je gagerai que ce livre là n’aurait aucun succès et subirait les foudres féministes. Et pourtant…

Moi personnellement, homme sensible et doux, j’ai été victime des femmes, et pas d’une seule. A regarder le passé, une bonne majorité d’entre elles s’est montrée cynique, au minimum, se disant ouvertes, a contrario, désireuses d’harmonie et de franchise, mais contradictoirement souhaitant un homme viril, qui dirige, domine même.

Heureusement, il existe quelques exceptions.

Merci Noann. Oui j’ai été un peu embarrassée à la lecture de ce livre… Certes l’écriture est très belle, enflammée et juste. J’ai été heurtée, comme je le dis, par l’éternel débat qui consiste à condamner l’homme quel qu’il soit, la gent féminine se bornant à voir l’homme comme une bête affreuse capable de toutes vilainies. Et l’on est toujours là… Peu de femmes ont évolué et dépassé ce cliché hélas. A ce sujet, je suis de celles souvent incomprises qui voient plus loin que le bout de leur nez et regardent l’homme tel qu’il est, un être sensible au coeur souvent meurtri…
Perso, je n’aime pas un homme viril qui se donne une contenance en affichant une attitude de catcheur, se retranchant derrière un look qui ne lui va pas ou hurlant sur son chien pour montrer son autorité (c’est un petit exemple concret…). Moi j’aime découvrir un homme dans ce qu’il a au fond de lui et s’il a une âme sensible et immense, il mérite qu’on s’y attarde pendant des lustres. J’aime les hommes qui savent s’émerveiller, s’émouvoir et pleurer… Ceux-là accrochent mon regard et mon coeur (quelques considérations personnelles…)
L’auteur parle de souffrance féminine mais elle se penche aussi sur les dégâts occasionnés dès l’enfance qui laissent des traces indélébiles, et cela tant chez les hommes que les femmes. C’est ce qui m’a donné une autre vision de ce roman, plus positive.
P.S. : j’ai également regardé cette émission. Et voilà donc un exemple (parmi tant d’autres cachés…) de la violence féminine.

Dés le début de votre chronique j’ai eu exactement le même réflexe, encore une histoire de femme maltraitée ! Dans mon entourage proche j’ai rencontré des hommes battus dont l’un est mort sous les coups. Mais aussi enfant, j’avais un voisin qui après avoir rossé sa femme, sortait en claquant la porte et criait à la volée pour que tous les voisins l’entendent « au-revoir ma chérie, ne te fatigue pas trop, (il lui avait fait cinq gosses).
L’homme est violent mais une femme violente l’est deux fois plus. C’est la règle de la nature !

vos critiques sont très intéressantes. Pour ma part, j’ai envisagé ce récit de façon différente et imaginé que l’homme et ses actes SM étaient un instrument que la femme avait utilisé pour arriver à son but ultime, détruire ses actes passés pour mieux se reconstruire…
Par toutes les façons possibles, les hommes peuvent faire du mal aux femmes et vice-versa, les hommes utilisent les femmes et vice-versa. Ce roman raconte une histoire intéressante parce que, justement, il ne montre pas (que) le côté homme humiliant/femme humiliée et c’est pourquoi je l’ai beaucoup apprécié et le recommande vivement!!!

Il n’y a pas de féminisme manichéen dans ce récit, mais la rencontre destructrice de deux êtres en perdition, une chute libre dans les bas fonds de deux âmes torturées, exposants tour à tour leurs forces et leurs faiblesses, leurs angoisses et leurs espoirs, et une question en fil rouge: qui est la victime de qui? Et en definitive un constat : il y a plus de réponses à cette question qu’on ne l’imagine au premier abord.

Bonjour Arnaud, merci pour cette réponse constructive. Je suis tout à fait d’accord avec vous… (enfin un avis d’homme, ça fait plaisir !)

là ma tentation va grandissant de lire ce livre. « Qui est la victime de qui » dit Arnaud ? et s’il n’y avait pas de victimes mais deux êtres au bord de la noyade qui se raccrochent l’un à l’autre sans savoir qui veut secourir ou noyer l’autre ?
je vais lire ce livre. Amitiés.

Bonsoir Annette, c’est un peu ce que je dis dans ma chronique. Bien qu’étant mitigée au début, craignant l’histoire tant de fois relatée de la femme victime d’un homme monstrueux et le portrait de l’homme entaché de défauts, de violence, etc. Mais ici il n’en est rien et la poursuite de la lecture jusqu’au mot fin vaut vraiment la peine. L’auteur s’intéresse en effet à tous ses personnages de la même façon et sonde les âmes pour en découvrir les meurtrissures de l’enfance. En tournant la dernière page, j’ai ressenti deux souffrances qui s’arc-boutent, deux âmes en perdition qui se trouvent… A lire donc…

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