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Cru bourgeois

Des jours parfaits – Annie Lemoine

« J’aime que tu aimes la vie simple que nous menons, que tu en jouisses avec moi du matin jusqu’au soir, du soir jusqu’au matin. J’habite une bulle rose à l’intérieur de laquelle je me serre contre toi, je t’aime. »

À travers les pages tournées d’un cahier rouge, une jeune fille découvre les tréfonds de l’âme de sa défunte mère. Celle qui ne laissait rien transparaître a couché ses secrets et dévoilé des années de passion dévorante pour un homme qu’elle a aimé plus que de raison. Elle parle aussi de toutes ces années de silence, de cette absence insoutenable, des jours de bonheur extrême et de l’insurmontable désarroi qui a suivi…

La jeune fille se délecte de ce récit de vie sur papier jauni et se décide à pousser plus avant les investigations, jusqu’à mener une enquête pour tenter de comprendre.

Histoire d’une banalité affligeante vous direz-vous…

Et pourtant l’auteur nous captive et nous enchante. Le voyage à travers les lignes de ce carnet intime est empreint d’amour, de sensibilité, de tendresse, de mélancolie aussi.

Ainsi donc, la jeune femme se rend en Sicile pour découvrir l’univers de Ninon, une mère courageuse, battante, férue d’art, amoureuse d’un homme partageant les mêmes passions, qui lui échappe un jour.

Outre l’amour et la passion qui embrasent chaque ligne, le récit regorge aussi d’une grande richesse culturelle puisque l’on s’imprègne de la description des tableaux admirés dans les galeries d’art fréquentées par Ninon et son amoureux. Tel un guide de musée, l’auteur nous parle de façon magistrale des toiles de grands peintres, relate avec talent l’aura qui émane de ces œuvres et les sentiments éprouvés par les visiteurs sensibles et exaltés.

Des jours parfaitsUn roman indubitablement émouvant. La narratrice nous convie à la suivre pour une balade insolite dans le cœur et l’âme désormais au repos de sa mère mais renaissant entre les lignes d’un cahier où se côtoient les sentiments les plus forts, l’amour à son paroxysme, pourtant si fugaces, si précaires dans le cœur d’une femme qui ne se dévoila jamais et se borna à cloisonner ses enchantements et ses douleurs dans un écrin de rouge vêtu.

La plume est tantôt majestueuse et le style bien rythmé et l’on est porté d’un bout à l’autre du récit sans jamais le quitter des yeux, le cœur tantôt en émoi, tantôt bouleversé et mélancolique.

Une beau livre de vie, certes… Cependant quelques romans plus anciens m’avaient laissé de meilleurs souvenirs, tels « Vue sur mer » et « Les heures chaudes ».

J’ai donc refermé ce dernier livre l’âme ravie au début et plus mitigée ensuite…

Des jours parfaits d’Annie Lemoine

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Cru bourgeois

La belle impatience – Annie Lemoine

Elle a la quarantaine accomplie, connaît les premiers balbutiements de la cinquantaine qui s’annoncent doucement, une profession intéressante à laquelle elle consacre toute son énergie, une vie ordinaire, sans émois jusqu’à en oublier l’amour. Ses proches la serinent sans cesse et lui rappellent que l’amour existe et qu’il ne faut pas laisser passer trop de temps, qu’il faut le cueillir et s’y attacher. Mais elle reste sur sa position, plus rien ne l’emballe, plus rien ne colore son ciel gris.

Elle voit souvent Ben et Marc, ses copains de longue date et se satisfait pleinement de leur amitié. Un jour, Marc tombe malade et dans le cœur quelque peu endormi de la narratrice surgit tout à coup une étincelle, sous la forme d’un personnage inattendu …La belle impatience

On savoure la façon très personnelle qu’a l’auteur de dessiner ses personnages, et l’on sent en nous résonner en écho le cri de nos souffrances, de nos questions, de notre quotidien qui s’endort parfois …

L’écriture est simple, sans fard, pleine d’émotions mais nous touche en plein cœur. D’un bout à l’autre du récit, l’amour règne en point de mire, même s’il est larvé dans le cœur de l’héroïne, même si celle-ci n’y croit plus, même si elle se claquemure dans sa thébaïde, n’espérant que très peu de la vie puisqu’elle laisse celle-ci courir sans jamais s’arrêter un instant, le temps de s’émouvoir ou d’aimer.

L’auteur nous livre une histoire ordinaire, banale, mais l’héroïne est touchante et on devient sa complice parce qu’elle porte le même masque que nous, un masque de sourire derrière lequel se cachent mélancolie et tourments. À travers son héroïne, l’auteur nous place face à notre chemin de vie, jalonné de bonheurs, de tristesses, d’imprévisibles instants, de lendemains qui basculent.

Une belle apologie de l’amour aussi, parce qu’il est notre moteur. L’amour, seul mât de cocagne qui nous empêche de chavirer quand l’âme en pleine bourrasque nous entraîne vers le fond … jusqu’au jour où tout s’éclaire, même s’il est déjà tard, même si le temps grouille …

D’aucuns s’interrogeront peut-être quant à mon classement de ce roman dans la catégorie « cru bourgeois » même s’il ne ressort de mon billet qu’enthousiasme et émotion. Après moult hésitations entre deux ou trois verres, j’ai tranché et lui ai attribué deux verres, peut-être tout simplement parce que le récit manque un peu d’originalité.

«La personne qui me plaisait le plus au monde depuis quelque temps, celle que j’avais rencontrée et dont j’étais tombée folle amoureuse, celle que j’aimais au point de la protéger, la choyer, lui faire des déclarations à n’importe quel moment de la journée, à laquelle je faisais des cadeaux somptueux, celle que j’embrassais, invitais au restaurant, promenais sur les quais de Seine le dimanche, emmenais en week-end, que je ne quittais plus maintenant que je l’avais trouvée, avec qui je passais tout mon temps sans le partager, ivre de bonheur… C’était moi».

«Grâce à lui, grâce à ce regard vibrant posé sur moi, cette façon naturelle de se tenir à mes côtés le soir de notre rencontre comme si nous nous connaissions depuis longtemps, grâce à ses mots sincères, directs, en réponse à mon premier SMS prudent, neutre et timide, je m’étais réveillée. Le baiser du prince en quelque sorte.»

La belle impatience d’Annie Lemoine, éditions Flammarion

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vin de table

Amusez-vous – Annie Lemoine

A bientôt 40 ans, Claire est en train de divorcer et partage la garde de ses deux enfants avec son ex-mari. Écrivain, elle est en panne d’inspiration … et d’ordinateur, et son compte bancaire frôle le rouge. Elle doit user de ruse pour faire patienter son éditeur qui attend son prochain livre, consacré au surréalisme.

Au bout du rouleau, Claire décide de partir seule pour un week-end dans une petite station balnéaire. Une sorte de retraite, une thébaïde pour remettre de l’ordre dans sa vie et ses idées …

amusez-vous

Là-bas, son imagination qu’elle croyait éteinte, se remet à bondir. Et cet état d’euphorie littéraire la fait s’embarquer dans une histoire qui ne tarde pas à la dépasser …

L’auteur dresse ici le délicat et touchant portrait d’une femme à la croisée des chemins. En toile de fond de cette balade, des hôtels où tout peut arriver …

Hélas pas grand-chose ne se passe … On tourne les pages en espérant que cette écrivaine en perdition connaisse des situations tantôt cocasses, tantôt dramatiques, seulement voilà … rien de tout cela ne se produit. Le lecteur s’assoupit un peu dans cette nébuleuse et se laisse doucement bercer … jusqu’à la fin du récit, précipitée, un peu bâclée …

Et même si le mot « fin » qui retentit soudain apporte une note sympathique et inattendue, on reste un peu déçu, engourdi par la lenteur du récit …

Le principal attrait de ce roman très court : des lieux croisés plein de charme, des chambres d’hôtel décrites en détail à travers une écriture fluide, simple, sans fard.

Un petit livre à emporter avec soi le temps d’un week-end à la mer, qui laissera des souvenirs de vacance, légers, éphémères …

« Tout avait commencé par des cris. Plus exactement, des pleurs. Le jeune couple qui habitait au-dessous de chez moi était rentré de la maternité avec un bébé en colère.
L’enfant probablement bien nourri mais peut-être souffrant ou, pour une raison mystérieuse, mécontent d’être au monde n’accordait aucun répit à ses géniteurs.
Jour et nuit, il hurlait. Les rares moments de pause me laissaient à peine le temps de me rendormir que déjà le petit d’homme, comme rechargé par ce micro-sommeil, repartait de plus belle. »

Amusez-vous – Annie Lemoine. Éditions Flammarion