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Cru bourgeois

Encore et jamais – Camille Laurens

« Mon cœur bat, les saisons reviennent, les gens qui m’attirent se ressemblent, les scénarios se répètent, la routine s’installe. Je redis, je relis, je revois, je refais, je ressasse – allez, re ! Quelquefois aussi, je revis. »

L’on découvre ici une quarantaine de chapitres décrivant ce que chacun d’entre nous entretient au cours de sa vie, rengaine, ritournelle et habitude, et pose des questions essentielles. Pourquoi sommes-nous victimes de nos mêmes erreurs, de nos failles, des allers-retours incessants entre amour et désamour, entre joie et tristesse ?Encore et jamais

Depuis son roman lourd de larmes « Philippe », l’auteur nous livre un essai qui traite de la redite, des virages à 180° suivis de retours à la case départ, de la spirale des sentiments, des volte-face après avoir foncé tête baissée vers un nouveau demain. Ainsi, après la fougue, l’étincelle faiblit et s’éteint pour se raviver à nouveau…

J’ai eu un peu de mal à entrer dans cette valse à trois temps : routine, répétitions, renaissance au fil des saisons. Certes, le style est tonique, enjoué parfois, mais l’impression de tourner en rond dans un carrousel de mélancolie douce-amère m’a rendue un peu engourdie.

L’auteur tente cependant de nous convaincre du besoin de refaire, ressasser, d’entretenir l’art des gestes machinaux comme pour donner vie à ce qui s’émousse et faiblit un peu chaque jour.

La répétition comme source de nourriture de la vie nous enseigne l’auteur, mais ne doit-on pas aussi se laisser porter vers d’autres cieux plus prolifiques sans revenir en arrière sans cesse ?

Une thématique intéressante, indubitablement, mais peut-être un peu trop pédagogique.

Enfin, c’est mon avis…

Encore et jamais de Camille Laurens, éditions Gallimard

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Grand vin

Philippe – Camille Laurens

« Son visage était bleu, tuméfié – visage de martyr qui respirait à la fois, aussi absolues, la connaissance et l’innocence. Philippe, né à 13h10, mort à 15h20, tu as eu deux heures pour accomplir ta vie d’homme, en faire le tour… moi j’ai eu deux minutes pour être mère. Enfant défunt, mère défunte. »

Camille Laurens écrit avec brio sa tragédie la plus intime de femme, la mort d’un enfant, le premier, qui a eu tout juste le temps de naître et de connaitre la souffrance. C’est cette mort qui va l’amener à l’écriture, auto-biographie et autofiction.

Tout est dit en quatre-vingts pages. Il n’en fallait pas plus à cette brillante auteure pour exhumer le désarroi, mener l’enquête, décrire les sentiments, donner des extraits de rapport d’expertise. C’est dit avec force et sans cri, ce qui rend cette tragédie d’autant plus poignante. Accident, fatalité ou laxisme ? Le lecteur découvre atterré la vérité, telle qu’elle est, stupide et agaçante de simplicité.

« Yves répétait souvent cette idée, que peu importe la durée de la vie, que, même, peu importe son effective réalité : il suffit qu’on l’ait imaginée »

Philippe – Camille Laurens -Editions POL, Gallimard, Folio