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Cru bourgeois

J’ai perdu Albert – Didier Van Cauwelaert

« Je suis la voyante la plus en vue du pays et, depuis hier midi, je ne vois plus rien. »

Chloé est voyante et depuis vingt-cinq ans Albert habite son esprit. Une longue histoire sans anicroche pensait-elle… Jusqu’au jour où elle rencontre Zac, garçon de café et apiculteur en perdition. Du jour au lendemain, la vie du charmant garçon va basculer. Et celle de Chloé aussi fait un virage à 180° lorsqu’elle perd son don de voyance et qu’Albert Einstein qui séjournait dans son esprit a disparu, s’installant désormais dans la tête de Zac, mitraillant à qui mieux mieux son cerveau d’informations magistrales, urgentes et essentielles. Le pauvre garçon, las de toutes ces directives, se retrouve coincé dans un chaos dont il ne peut se défaire.

J'ai perdu AlbertChloé, à son tour, se demande pourquoi le fidèle Albert a soudain déserté son esprit au profit de celui de Zac, lui qui n’est pas le moins du monde spirituel, lui le garçon pragmatique qui ne voulait pas de cet envoûtement.

Les héros sont touchants chacun à sa manière. Chloé, éperdue et désemparée éprise de Zac, mécréant et paumé, agacé par les messages que lui insuffle Albert. Et l’auteur donne à cet estuaire amoureux une aura qui vous poursuivra jusqu’au mot fin.

Un récit qui ressemble à un scénario – d’ailleurs le film sortira en septembre prochain – et traite de sujets qui touchent le monde entier, notamment celui du sort des abeilles menacées de disparaître d’ici peu. Et que restera-t-il de la nature si elles disparaissent, elles, ces petits soldats au garde-à-vous de nos cultures de fruits, de légumes et qui nous récompensent de leur nectar bienfaisant ?

L’auteur nous livre une fable émouvante, où la spiritualité s’immisce entre les lignes et nous ouvre les yeux sur les défis de la planète. Une escale de lecture fort agréable pour ce roman qui jouxte entre le fantastique et l’absurde, mais est chargé aussi de messages lourds de sens…

À lire, tranquillement installé sur un banc. Mais à voir peut-être sur grand écran…

J’ai perdu Albert de Didier Van Cauwelaert, éd. Albin Michel

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Cru bourgeois

On dirait nous – Didier Van Cauwelaert

Soline est violoncelliste et Ilan un botaniste peu motivé reconverti dans l’immobilier. Ils ont tous deux la trentaine. Ils croisent Georges, professeur de linguistique retraité et sa compagne Yoa, une Amérindienne originaire d’Alaska. Tout devrait séparer les trentenaires et leurs aînés mais un point essentiel les unit, l’Amour fou. Yoa est gravement malade, en phase terminale même, et Georges conclut avec ses jeunes amis une sorte de contrat insolite et mystérieux destiné à gérer la succession de Yoa…

De prime abord, c’est l’habit de ce roman, d’oiseaux amoureux et de belles couleurs, qui m’a séduite et guidée vers la caisse de ma librairie, sans avoir même feuilleté l’une ou l’autre page, ni avoir été convaincue par la quatrième de couverture.

on dirait nousL’auteur nous livre ici un récit teinté d’amour, mais d’Amour grandiose et infini. Il met en scène deux couples à mille lieues l’un de l’autre, une rencontre improbable entre des personnages que tout éloigne, à commencer par le fossé de l’âge – les aînés ont trois fois trente ans – et les passions et activités professionnelles aux antipodes. Entre Soline, la belle et délicieuse musicienne, et Ilan toujours en plein doute, toujours tourmenté, l’amour passionnel séjourne, sublimé ardemment par Ilan. Tandis que Georges le scientifique s’émeut de sa Yoa, issue d’une terre délaissée d’Alaska. Et dans ce huis clos amoureux, chacun y va de son expérience, de ses anecdotes, de ses émotions. Mais le couple d’octogénaires se montre de plus en plus envahissant et leurs attitudes inquiétantes désarçonnent les jeunes tourtereaux… L’atmosphère devient pesante et l’on devine que derrière le pacte conclu se cache bien de mystérieux secrets…

Le style, certes bien rythmé et mouillé d’humour larvé ne rejoint pas celui de certains récits plus anciens de l’auteur, donnant en cela ici un sentiment de lassitude, surtout dans la deuxième partie du roman. Et le lecteur de s’essouffler rapidement de tous les désordres et confusion qui s’installent avant l’épilogue.

L’histoire est originale et les personnages attachants mais pour ma part il eût été opportun de donner plus de poids et d’harmonie à la fin du récit, trop légère, voire un peu bâclée…

Vient à présent la question du classement de ce roman sur notre site… Un seul ou deux verres ? Après moult hésitations, je lui attribuerai deux verres, pour la première partie du roman…

On dirait nous de Didier Van Cauwelaert, éd. Albin Michel

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La femme de nos vies – Didier Van Cauwelaert

Jurgen, 14 ans, est vacher. Parce qu’il est autiste – on le dit même débile mental – ses parents l’envoient à l’Hôpital d’Hadamar où il fait la connaissance de David, un enfant juif doté d’une intelligence à mille lieues au-dessus de la moyenne dont la mère décédée était une scientifique de renom. Dans ce purgatoire, une grande amitié naît entre les deux garçons malgré le fossé intellectuel et les origines aux antipodes. Tous les enfants qui séjournent dans cet hôpital seront exterminés dans un camp qui pratique les premiers tests des chambres à gaz. Seul David échappera à ce cruel destin. Il sera envoyé dans une école nazie pour élèves au quotient intellectuel très développé. Mais David décide de mourir et cède sa place à Jurgen. Ainsi, le temps de quelques nuits, il va lui donner tout son savoir, toute sa science pour lui offrir un avenir.

Alors qu’Ilsa Schaffner vient quérir David, c’est Jurgen qui l’accompagnera… La scientifique découvre le pot aux roses et se décide malgré tout à aider Jurgen.

Ainsi il intègre une école nazie élitiste. Hissé à une échelle sociale qu’il n’a jamais connue auparavant, il côtoiera des Prix Nobel et deviendra même le bras droit d’Einstein…

Grâce à Elle…

Elle, qu’il retrouvera des lustres plus tard. Va-t-il restituer les pans élimés de sa mémoire ?

L’auteur nous offre un récit d’une grande intensité, mêlant avec brio réalités historiques et fiction. Il nous livre un concentré de sentiments humains qui nous remue l’âme et les tripes. Le style est enveloppé, juste, dénué de clichés. Les mots glissent et s’arc-boutent à l’esprit, ce qui donne au lecteur l’envie d’une balade sans escale jusqu’au mot de la fin. Certes… Mais la fin du récit laisse néanmoins plus perplexe.

La femme de nos viesL’auteur approche des thématiques graves, poignantes mais parvient à insérer entre les lignes quelques touches d’humour, rendant ainsi l’histoire plus accessible. Avec délicatesse, il nous relate les combats de chaque jour pour survivre sous le joug du nazisme, la recherche d’identité et de vérité, l’amitié entre des êtres que rien ne peut rapprocher, l’apprentissage de la vie et de l’amour.

L’auteur ne m’a pas souvent convaincue auparavant… Plus de déceptions que d’enthousiasmes – et je pense entre autres au Prix Goncourt lui décerné en 1994 qui ne m’avait pas enthousiasmée et ce n’est qu’un avis personnel – mais cette fois il signe un récit fort, attachant où l’émotion est omniprésente du début à la fin.

Une belle évocation de la miséricorde, de la recherche des repères dans un monde meurtri, de la solidarité humaine et de la force des retrouvailles qui font resurgir de la mémoire des émotions jadis éprouvées lorsque délivré de l’enfer une étoile brille enfin.

Un beau roman incontestablement, que je conseille vivement, même si à la fin du récit mon enthousiasme s’est un peu émoussé…

À présent, il me faut donner une appréciation et lui attribuer une place dans notre classement. Après moult hésitations et si je pouvais établir de sous-classements, je donnerais trois verres pour l’émotion qui émane du récit, deux verres pour l’écriture et pour la fin un peu moins convaincante… Je trancherai donc et lui octroierai deux verres.

La femme de nos vies de Didier Van Cauwelaert, éditions Albin Michel

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Double identité – Didier Van Cauwelaert

Un botaniste de renom, décédé depuis, avait découvert les vertus médicinales d’une plante indienne volée et utilisée par des cosméticiens peu scrupuleux.

Par amour pour sa femme et parce que son cerveau traumatisé et sa mémoire meurtrie font resurgir des douleurs intérieures, un tueur repenti, utilise l’identité de ce botaniste afin de sauver l’avenir de la plante aux mille pouvoirs…

À coup de marteau piqueur, il s’immisce dans les pensées et les expériences du botaniste pour arriver à ses fins.
L’auteur reprend sa ligne de conduite et revient ici avec l’agent Stephen Lutz. Je n’ai pas lu les précédents opus mais je n’ai pas éprouvé de difficulté à prendre le train en marche, si ce n’est que l’intrigue m’a très rapidement lassée et j’ai cherché tant bien que mal un soupçon d’émotion dans ce récit… Je suis restée sur ma faim. Double identité

L’auteur nous livre une sorte de thriller où se croisent passion, inconscient et folie. Le suspense est certes au rendez-vous du début à la fin mais atteint une vitesse de croisière et décourage un peu le lecteur que cela fascine et attise.

S’entrecoupent et virevoltent alors dans une danse infernale plusieurs thématiques, celle de l’inconscient humain, du pouvoir et de la recherche d’une identité fissurée.

Aussi l’apologie de l’écologisme où la plante médicinale prend une proportion si immense qu’elle en devient humaine, certes une ode à la nature mais un peu trop larvée à mon sens, celle-ci aurait pu être beaucoup plus développée.
Il y a quelques passages d’humour acide qui sauvent un peu le déroulement du récit mais est-ce là suffisant pour accrocher le lecteur ?

Bon, le récit est censé être drôle et captivant… mais j’ai franchement eu du mal à entrer dans cette histoire loufoque et ce méli-mélo où tout devient si abscons qu’on en perd le fil de ses idées.

Impossible de continuer à se perdre dans toute cette confusion et on referme le livre… épuisé mais pas repu.

« Je suis né Steven Lutz. Il y a quelques mois encore, j’étais le meilleur élément de la Section 15, une unité clandestine utilisée par la CIA pour éliminer discrètement les personnes menaçant les «intérêts supérieurs» des États-Unis.
Quelle raison pousse un homme à devenir tueur professionnel ? Dans mon cas, c’est le dégoût de l’amateurisme. Et l’abus de littérature. Aucune circonstance atténuante, en tout cas : j’étais un enfant banal, ni orphelin, ni battu, ni trop gâté. »

Double identité de Didier Van Cauwelaert. Éditions. Albin Michel