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L’amour est éternel tant qu’il dure – Franz-Olivier Giesbert

« Les amours d’aujourd’hui sont les désamours de demain »

Dans une balade aérienne et sensuelle, l’on croisera une série de personnages, parfois semblables, parfois aux antipodes les uns des autres. Tous ont un dénominateur commun : l’amour dans toute son immensité. Mais qui dit amour parle inévitablement d’échecs amoureux, de rupture. Ainsi, on rencontre Amina, une Malienne contrainte d’épouser à douze ans un vieil imam et qui séduira ensuite un intellectuel italien puis encore un jeune Parisien, la délaissant bientôt pour sa voisine de palier ; l’Américaine Deborah, hôtesse de l’air, qui quittera son mari dompteur de fauves pour devenir lesbienne et rejoindre les bras de Virginia; et puis Ping-ping, une ancienne prostituée qui vit à Shanghai et partage la vie d’un banquier allemand…

Dans cette farandole d’amour et de désamour l’on croisera aussi Jed, un Indien de vingt ans, Klara une sexagénaire atteinte de la maladie d’Alzheimer, aussi l’Allemand Julius-Jozef et sa jeune épouse de vingt ans.

l'amour est éternelSi l’auteur célèbre l’amour fou, ses émois, mais aussi ses désillusions, ses refuges aux confins d’une sexualité débridée, il le fait sous la forme d’une gigantesque fresque comportant des scènes d’amour sous toutes ses formes. Avec une plume trempée dans l’encre aux couleurs multiples, il dessine les méandres de l’amour, avec des mots, tantôt lubriques, tantôt empreints de poésie.

Parfois délicat, de temps à autre graveleux – ainsi « faire la chosette » c’est comme cela qu’il parle de faire l’amour, tandis que « la Sainte-Crème » désigne le sperme – l’auteur nous livre un curieux mélange des genres. Mais il se montre indulgent envers nous, nos failles, nos coups de folie, notre perversité larvée, nos maladresses. Il s’émeut de nos accès de fougue libidineuse, de nos vies dissolues, nous trouvant même des excuses… L’auteur raccommode les bouts de nos âmes déchirées et nous fait savourer l’amour par tous les moyens.

Et dans ce carrousel, nous nous laissons porter, le cœur heureux et l’âme plus sereine de savoir qu’ici et là-bas, l’amour a la bougeotte, parfois nous transporte, nous fait rayonner mais parfois aussi nous donne du fil à retordre…

Cocasse et émouvant…

L’amour est éternel tant qu’il dure de Franz-Olivier Gisbert

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L’Affreux – Franz-Olivier Giesbert

Aristide Galupeau, surnommé l’Affreux, n’est pas né sous une bonne étoile. C’est le moins qu’on puisse dire. Amoché dès sa naissance par des forceps mal maitrisés, non désiré par une mère immature qui passe son temps à s’en débarrasser, il est le résultat accidentel d’une liaison éphémère entre une fille d’exploitants agricoles mesquins et un ouvrier arabe de passage. L’Affreux cumule les handicaps : pas très beau, cheveux crépus, teint trop mat, origines sociales sans horizon…

Soupçonné à tort par sa mère d’avoir poussé sa petite sœur, Charlotte, dans le vide, il sera placé dans la famille Foucard, en banlieue parisienne, à Argenteuil… Garçon à tout faire exploité par une famille de « beaufs », il grandit dans une cité où, à la fin des années quatre-vingt, se côtoient des français « de souche », plus ou moins xénophobes, des immigrés d’Afrique du Nord et ceux d’Afrique tout court. Il y découvre l’amour qu’il recherche depuis toujours. A travers deux extrêmes : sa professeur de français, Madame Bergson, veuve et âgée de soixante ans, et Nathalie, la fille aînée des Foucard. Lorsque Madame Bergson est assassinée, il est le suspect idéal : délit de sale gueule et racisme primaire suffisent à le faire accuser. Il s’enfuit.

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Premier Grand Cru Classé

Un très grand amour – Franz-Olivier Giesbert

« Un très grand amour » est présenté comme un roman (toute ressemblance avec…). L’histoire, contée à la première personne, a toutefois une allure de vécu (et même de souvent vécu). On devine que l’auteur a amplement puisé dans sa vie personnelle, et qu’il s’est fait plaisir en racontant des anecdotes. Il n’a cependant pas oublié notre plaisir à nous lecteurs, et a nourri son livre d’ humour et de larmes, sur fond de maladie grave, de déceptions, de ruptures, enfin tout ce qu’il faut pour nous divertir.

L’histoire fait quelques références à des personnages connus, le président Mittérand, et surtout Julien Green, considéré par certains comme le plus grand écrivain du XXième siècle. Je dois vous dire qu’en tant que fan de Green, ma critique ne pouvait être qu’enthousiaste. Une nuit à quatre heures, j’ai lu trois pages de « Léviathan »… et j’ai pleuré tant c’est entré profond en moi…! Dans « Un très grand amour », le personnage principal, Antoine, aurait rencontré Green. Celui-ci lui aurait affirmé n’avoir jamais vu le sexe d’une femme de son vivant – chose possible – mais aussi qu’il n’aurait plus eu d’activité sexuelle pendant les 40 dernières années de sa vie (il est mort à 97 ans!). Je paierais cher pour savoir si c’est de la fiction ou de la réalité !

Un très grand amour est aussi l’histoire… d’un très grand amour. L’auteur ne nous épargne pas les clichés; la femme très jeune et très belle, très blonde, taciturne, réservée, enfin l’archétype de poupée dont tout homme avec les organes bien fait tombe amoureux au premier regard. Il est aussi beaucoup question de tromperies, ce qui n’indignera plus personne de nos jours, sauf un certain Benoit. Au fil de quelques aventures et mésaventures, je me suis laissé conduire d’une page à l’autre avec délectation.

Un très grand amour n’est pas de la très grande écriture, Giesbert ne s’est guère inspiré de Green, mais c’est tout de même divertissant. En dépit des clichés et du vol en mongolfière au raz des pâquerettes, j’ai été séduit.

Un très grand amour – Franz-Olivier Giesbert. Éditions Gallimard