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L’accordeur de silences – Mia Couto

Dans la réserve de chasse isolée, au cœur d’un Mozambique dévasté par les guerres, le monde de Mwanito, l’accordeur de silences, né pour se taire, va voler en éclats avec l’arrivée d’une femme inconnue qui mettra Silvestre, le maître de ce monde désolé, en face de sa culpabilité.
Mia Couto, admirateur du Brésilien Guimarães Rosa, tire de la langue du Mozambique, belle, tragique, drôle, énigmatique, tout son pouvoir de création d’un univers littéraire plein d’invention, de poésie et d’ironie.

Mon avis :

l'accordeur de silencesAlors ceux qui ont trouvé que je m’enflammais pour le livre « Poisons de Dieu, remèdes du Diable »du même auteur n’ont encore rien vu. Là, je suis dithyrambique. Ce livre est une splendeur, un bijou. Et extrêmement bien traduit. Silvestre a perdu sa femme ; il part s’enterrer au milieu de nulle part avec ses deux fils à qui il interdit tout contact avec le monde. Voyage intérieur des deux fils qui rêvent de voyager à l’extérieur de la prison paternelle. Parallèlement, l’histoire d’une jeune femme portugaise qui vient au Mozambique pour retrouver son mari disparu, envouté par l’Afrique et dont l’histoire croisera ce père et ses fils. On est au pays de la « saudade », du silence, du non-dit, de la tyrannie, du déni d’espoir. Livre de contrastes, de descriptions somptueuses.. Mia Couto enchante à tous les niveaux, à la fois peintre, poète et écrivain de l’âme et de l’Afrique…

Extraits :

p.17 « Je suis né pour me taire. C’est mon unique vocation. C’est mon père qui m’a expliqué : j’ai un don pour ne pas parler, un talent pour épurer les silences. J’écris bien, silences, au pluriel. Oui, car il n’est pas de silence unique. Et chaque silence est une musique à l’état de gestation. »

p. 124 « Éblouir, comme le mot l’implique, devrait aveugler, ôter la lumière. Et finalement j’aspirais maintenant à un obscurcissement. Je le savais, cette hallucination que j’avais éprouvée une fois rendait dépendante comme la morphine. L’amour est une morphine. On pourrait le commercialiser sous vide sous le nom Amorphine. »

L’accordeur de silences de Mia Couto. Éditions Métailié

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Poisons de Dieu, remèdes du diable – Mia Couto

Quatrième de couverture :

Sidónio Rosa est tombé éperdument amoureux de Deolinda, une jeune Mozambicaine, au cours d’un congrès médical à Lisbonne, ils se sont aimés puis elle est repartie chez elle. Il se met à sa recherche et s’installe comme coopérant à Vila Cacimba. Il y rencontre les parents de sa bien-aimée, entame des relations ambiguës avec son père et attend patiemment qu’elle revienne de son stage. Mais reviendra-t-elle un jour ?

Là, dans la brume qui envahit paysage et âmes, il découvre les secrets et les mystères de la petite ville, la famille des Sozinho, Munda et Bartolomeu, le vieux marin. L’Administrateur et sa Petite Épouse, la messagère mystérieuse à la robe grise qui répand les fleurs de l’oubli. Les femmes désirantes et abandonnées. L’absence dont on ne guérit jamais.

Poisons de dieuUn roman au charme inquiétant écrit dans une langue unique.

Mon avis :

Un bijou ! Un roman et à la fois un long poème désenchanté. Le personnage principal ? Un mourant… ou une Afrique moribonde atteinte d’un mal qui attaque les fondements même de son être et de ses pensées.. Un récit sur le mal de vivre, sur le manque et la solitude, l’enfermement, la non-communication, la peur… Les personnages vivent-ils dans le passé ou le présent, dans l’espoir ou les souvenirs ?

Tout se mélange et la magie de l’Afrique imprègne le récit. Un blanc, des mulâtres, des noirs… des incompréhensions tant culturelles que « colorielles »… Un pays, une ville, une maison, des personnages… tous s’accrochent au passé et tentent de résister dans une atmosphère où tout se délite, se délabre, s’effrite, tombe en poussière… Le monde dans lequel ils vivent est un enchevêtrement de croyances, de mensonges, de haines, de rancœur, et d’amour aussi… Mais qui sont réellement les personnages ? Des ombres, des vivants, des souvenirs ? Les objets se muent en personnages et les personnages deviennent ombres. «Après tant d’années, on ne vit plus dans la maison, on devient la maison où l’on vit. C’est comme si les murs habillaient notre âme.» Magnifiquement écrit et superbement traduit, dans une langue qui n’appartient qu’à lui.

Citations et extraits :

(p.18) «On fait tous l’éloge du rêve qui est la compensation de la vie. Mais c’est le contraire, docteur. Vivre est nécessaire pour se reposer des rêves.
– Rêver ne vous rend que plus vivant.
– Pourquoi ? Je suis fatigué d’être vivant. Être vivant ce n’est pas vivre.»

(p.76) «Avant je recevais des lettres, maintenant on m’écrit des ordonnances. Ce que j’ai maintenant, à coté de mon lit, ce n’est plus une petite table de chevet. C’est une table pour m’achever.»

Poisons de Dieu, remèdes du diable de Couto Mia. Éditions Métailié